Recomposer la planche

Ma dernière planche a eu droit à un traitement particulier de recomposition des cases. Petite étude de cas avec la page 55 sur comment équilibrer sa planche.

La planche 55 montre Laura au sol, blessée, et Alexis s’occupant d’elle. Elle manque forcément de mouvement et il fallait varier les plans pour animer l’ensemble. Voilà à quoi ressemblait la première version :

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Fury Road Trip

article_analyseDepuis toujours, je dessine des animaux pour mes bande-dessinées. Cette passion, je l’ai déjà expliquée, notamment pour les lapins. Alors que je commençais à entrevoir de nouveaux récits animaliers, le film de Disney, Zootopie, vient de relancer ma passion avec, entre autres, une sérieuse remise en question graphique.

Pour cela, un petit retour en arrière s’impose. En 2013, je travaillais sur un projet, L’Ultime Symphonie. Le fait que mes personnages y soient des animaux avait un véritable sens. Je me lançais alors dans une caractérisation plus poussée de ces derniers, avec de nombreuses recherches plus ou moins réussies. Finalement, le projet sera mis de côté pour une durée indéterminée. Trop ambitieux à l’époque, il l’est toujours aujourd’hui ! On parle d’une saga d’héroïc fantasy avec tout un univers à construire… Continuer la lecture de « Fury Road Trip »

Faire la promotion de son blog

Infographie par Daniel Iverson - Creative Commons
Infographie par Daniel Iverson – Creative Commons

Suite à mon article sur le We Do BD, j’enchaîne sur mon rapport aux réseaux sociaux. Vaste sujet qui se complexifie au fur et à mesure que les années passent. J’en profite d’ailleurs pour annoncer que cela fait désormais 7 ans que j’ai un blog de dessin (qui n’était pas orienté bande-dessinée au départ). Le temps passe vite, vraiment ! Du coup, j’ai le droit de faire le vieux con.

Le blog

comicsbooster2

La promotion d’un blog était auparavant relativement simple : il fallait aller sur les blogs des autres, y mettre des commentaires et espérer que cela créerait un flux, certes faible, mais existant vers notre propre production. Ce système fonctionne toujours de mon point de vue, mais la plupart des blogueurs n’ayant que peu de temps pour lire les blogs des autres (ou ne prenant plus le temps ?), le flux s’est sacrément tari.

Reste la possibilité de participer à plein d’événements annexes : 23 heures de la BD, Inktober, Drink’n’Drak, concours de caricatures, Golden Blog Awards, etc. Ce type d’événements rallient une forte part de la communauté bloguesque et permet de partager son travail sans avoir l’air de s’imposer. Est-ce que c’est, à court et à moyen terme, réellement efficace ? On peut se poser la question.

Mon ancienne newsletter me permet de gagner de nombreux abonnés. Ainsi, 70 personnes reçoivent les notifications d’articles, une centaine pour les articles « de fond ». Hélas, nombreux sont ceux qui pointent du doigt l’inefficacité du système. En effet, les mails de notifications semblent souvent se perdre dans les limbes de l’internet…

Facebook

Aime-moi !J’ai un rapport compliqué à Facebook. Après une première incursion purement bloguesque sur le site, je m’étais aperçu que le réseau social ne faisait pas vraiment ressortir le meilleur côté des gens. Les trolls y étaient bien plus nombreux et les partages finalement peu existants. Mon blog de critique BD, parallèle à ma production, n’arrangeait pas les choses…

PublicationJe suis donc revenu sur Facebook en séparant nettement mes activités. Mes amis sont vraiment mes amis. J’ai ensuite créé une fan page qui doit promouvoir mon blog. Hélas, celle-ci stagne depuis des mois autour de 170 fans. Impossible de faire augmenter ce nombre. Et comme je suis allergique aux concours du genre « si j’arrive à 200 fans, je dessine une fille nue », je ne vois pas comment augmenter mon nombre de « fans ».

Pourtant, ma dernière illustration m’a montrée comment arriver à toucher plus de monde… Passons sur le fait que vous êtes tous des obsédés, donc…

Ma page Facebook

Twitter

Suis-moi !Twitter est loin d’être ma tasse de thé. Très peu présent sur ce réseau social, je ne fais avant tout qu’y partager mes articles de Blogbrother et Tout à l’Ego. J’essaie (en vain ?) de mettre de temps en temps quelques hashtags pertinents, mais cela ne semble pas beaucoup marcher. Heureusement que Le Pueblo me soutient dans ma démarche en répondant et retwittant certains de mes tweets…

Curieusement, j’ai plus de followers malgré ma piètre activité. Un peu plus de 200. Et ça augmente régulièrement (mais très lentement). Il est peu étonnant que mon compte n’explose pas sur twitter puisque que je ne retweete presque rien, ne commente rien et ne partage presque rien… Il va falloir être plus actif !

Mon compte Twitter

Tumblr

logo_tumblrJ’ai ouvert récemment un Tumblr. Le but était de présenter mes croquis, mes crayonnées, mes recherches… Bref, des productions inachevées. Contrairement au blog où je publie uniquement celles qui méritent une analyse, l’idée est sur Tumblr de montrer des productions en cours.

Comme j’avais déjà un Tumblr (Les Maux du Collège), j’ai cru bon de les lier. Grosse erreur, puisque les personnes que je suis sur Tumblr tombent sur mon blog de citations et pas de dessin. J’ai donc supprimé mon blog pour le réouvrir avec une autre adresse mail… Ça ne va pas m’aider à gérer tout ça, mais la lisibilité intra-Tumblr sera plus forte.

J’aime beaucoup cette idée de blog façon « envers du décor ». Ça se fait beaucoup chez les illustrateurs et auteurs de BD et je pense que cela peut m’apporter un autre public. Reste à en assurer la promotion correctement, ce qui est loin d’être gagné… Pour vous pousser à y jeter un oeil, sachez que j’y ai mis une case de la prochaine planche (crayon + encrage)…

Mon Tumblr

Évidemment, d’autres possibilités existent. Je me multiplie déjà sur d’autres sites communataires (BDAmateur, Webcomics, Amilova) et je sais que d’autres me tendent les bras (Café Salé, DeviantART). J’ai peur de multiplier les endroits où je poste des productions et que mes lecteurs voient, chacun à leur manière, des choses différentes. Et dans ce cas-là, quel intérêt ? Mon blog reste le point d’encrage de l’ensemble et le suivre permet de ne rien rater. Ou presque.

Vous aurez tous remarqué le titre racoleur de cet article…

Un peu de symétrie

Larticle_analyse‘intérêt de travailler sur une bande-dessinée à la mise en page « classique » est de pouvoir la modeler. La mise en scène se révèle alors plus ambitieuse et permet des expérimentations plus intéressantes que le simple alignement de cases ou le gaufrier.

Retour sur la dernière planche publiée de Jotunheimen (la seizième donc). Cette page est destinée à montrer le personnage effectuer une correspondance en car au milieu de nulle part. Voilà le magnifique scénario correspondant tel qu’il est griffonné dans mon classeur. Si vous voulez éviter les spoils, ne lisez pas tout en bas (même si ça ne raconte pas grand chose).

Symetrie_07

Le cheminement est donc le suivant :

  1. Alexis est dans le car n°1
  2. Alexis descend du car n°1
  3. Alexis attend le car n°2
  4. Alexis monte dans le car n°2
  5. Alexis est dans le car n°2

On remarque à la simple lecture du cheminement qu’il y a une symétrie centrale dans cette page. Le point 3 est le point de symétrie de la scène. J’ai ainsi eu l’idée de créer un point de symétrie également dans la planche. Et cela, dès le début. Car votre esprit aiguisé a tout de suite remarqué, dans le scénario, le détail suivant :

Symetrie_06

Même si cela ne change pas grand chose dans la lecture, il me semble que ce genre d’effet crée, inconsciemment, un renforcement de la narration.

De la bande-dessinée en palindrome.

C’est en lisant l’ouvrage « Lire la bande dessinée » de Benoît Peeters que je découvre cette construction, dite en palindrome, des planches ou des albums. Pour rappel :

Palindrome : figure de style désignant un texte ou un mot dont l’ordre des lettres reste le même qu’on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche.

Deux récits sont alors cités, qui vont me marquer. Le premier, assez incroyable, est « The Upside-Downs of Little Lady Lovekins and Old Man Muffaro » de Gustave Verbeek (même le titre de l’oeuvre semble être à double-sens…). L’auteur propose 64 planches de 6 cases qui peuvent être lues à l’endroit ou… à l’envers ! La prouesse de narration et graphique est incroyable !

Verbeek

Dans la même lignée, les frères Luc et François Schuiten proposent, pour le troisième tome de leur série « Terres creuses » un ouvrage ou il existe un basculement en milieu d’album. Les planches deviennent alors symétriques aux précédentes. Après 36 planches, on passe à la planche 36′, puis 35′, etc. Le titre, « Nogegon » est d’ailleurs un palindrome.

nogegon

Plus modestement, je me suis appliqué à l’appliquer sur une planche où cela me paraissait pertinent. Alexis devient donc le point central et de symétrie de la planche. C’est ainsi que j’aboutis à un storyboard qui reprend cette idée.

Symetrie_08

Je vous laisse apprécier les différences avec la planche finale, souvent mineures mais essentielles :

  • Case 2 : la vue de loin permet de montrer qu’on est dans un coin perdu
  • Case 3 : la vue de face crée un face-à-face entre Alexis et les autres passages. Cela renforcement son isolement, mais aussi sa différente façon de voyager.
  • Case 5 :  simple changement de côté pour éviter la redondance avec la case 6 (particulièrement visible sur le storyboard !).

Le résultat est le suivant, avec le point de symétrie central :

Symetrie_01

Le comparatif case à case rend la symétrie encore plus évidente. Le premier parallèle montre Alexis assis dans le car. Ce sont les « avant » et « après ».

Symetrie_02

Le deuxième parallèle montre le dialogue Alexis-chauffeur. Alexis est dans le questionnement, une pointe de stress. Le chauffeur est, lui, évidemment, dans la décontraction, créant un décalage et renforçant l’image d’un personnage un peu angoissé sur les bords.

Symetrie_03

Le troisième parallèle montre des cases sans dialogues, où le contraste entre le car et Alexis est mis en avant. Le héros apparaît en grisé, se situant dans un plan clairement différent que le car. Cela renforce l’isolement, Alexis ne se sentant plus en sécurité une fois hors du car, le véhicule étant vu comme un forme de cocon protecteur.

Symetrie_04

La case centrale, qui sert de point de symétrie, sort du cadre pour imposer sa présence. Elle sert également d’axe de symétrie : la partie haute et basse se répondent de façon évidente (le haut pour le premier car, le bas pour le deuxième).Symetrie_05

L’usage d’une case longue et peu haute permet d’intensifier l’impression d’isolement du personnage.

Cette planche a été conçue d’une manière particulière. Plus originale que la plupart des planches, il est bon d’intégrer ce genre de réflexion à la création, afin de pousser un peu plus loin son projet. Pour cela, rien de mieux que de lire et relire de grandes bande-dessinées et des ouvrages d’analyse de ces mêmes ouvrages. Ça stimule l’imagination et pousse à être plus ambitieux pour ses projets, fussent-ils confidentiels.

 

Quelques sources sur les projets cités :

Lire la bande-dessinée de Benoît Peeters
Un livre passionnant à lire absolument ! Cela regroupe les analyses des planches et ouvrages les plus novateurs de la bande-dessinée. Très stimulant pour les auteurs.

Critique de Nogegon de Luc et François Schuiten chez kUlturOpat.

Mais où sont passés les trolls ?

makingofCes derniers mois, j’ai fini par accepter l’idée de revenir sur des planches pour faire progresser mon travail. Redessiner une case ou une planche est devenu une façon d’atteindre mes objectifs et de ne pas considérer une travail fini comme définitif. Retoucher et refaire, mais quoi exactement ?

Lorsque je dessine la planche 15 en novembre 2014, le test est crucial. Je suis alors en finalisation du scénario de Jotunheimen, mais je sais que le dessin de ce projet va ma poser des problèmes puisque la nature y est omniprésente. Les décors sont un personnage en eux-mêmes. Je m’attelle donc à la réalisation d’une planche test constituée uniquement de paysages norvégiens. Le résultat me convenant, je décide de me lancer dans l’aventure un mois plus tard, après avoir réalisé une planche test côté personnages.

Quatorze planches plus tard, j’aurais simplement pu passer à la seizième, considérant la quinzième comme terminée. Mais un souci majeur de lisibilité persiste, il me fallait le corriger. En effet, pour la deuxième case, le récitatif installé en bas ne convient pas et fausse le sens de lecture. Même si en soit, ce n’est pas grave puisque les textes sont une énumération de lieux, cela crée une forme de blocage lors de la lecture.

Voilà d’ailleurs ce que nous disait Dubatov :

« Juste je ferais une petite remarque sur la lisibilité du lettrage (…). Pour la lecture de la planche, le texte devrait peut-être suivre la lecture des images pour plus de fluidité dans la narration… La case 3 fait « remonter » l’œil dans la lecture de la page par exemple. Ce n’est pas trop gênant ici vu le côté descriptif du texte, façon carte postale. »

page15_lecture

Il fallait donc « simplement » remonter le récitatif. Mais vue la place du bus, je devais aussi décaler la case vers le bas. Bref, cela demandait à être redessiné. Heureusement que la table lumineuse permet de reprendre le dessin de base sans problème.

page15_lecture2

À l’origine, une correction de la case 2 suffit. Mais tant qu’à faire, je décide de tout refaire. Avec une table lumineuse, le travail n’est pas si long que ça. Ainsi, en une vingtaine de minutes, tout le crayonné est refait. Cela me permit d’ajuster d’autres petits détails, comme l’encrage ou les textes.

Densifier l’encrage

Au fur et à mesure de la production de Jotunheimen, j’ai mis de côté les grands aplats de noir pour privilégier les hachures. Cela donne plus de volume et de matière. Cela est particulièrement flagrant pour mes personnages vu de dos en avant-plan :

page15_encrage

Je ne cache pas que cette idée d’un encrage plus en matière et plus fourni est lié à l’idée de me passer de couleurs pour la suite… Rien n’est décidé, mais je veux produire des planches lisibles même dépourvues de couleur.

Cet encrage plus en matière est visible avant tout pour la dernière case où l’arbre en avant plan est désormais moins plat. En revanche, l’encrage de la végétation est peut-être moins réussi.

page15_encrage2

Au delà des hachures, j’ai aussi pris en compte les remarques de lisibilité liées à l’encrage trop plat. Ainsi, Boutanox disait :

« En comparant le crayonné et la version encrée, tu sembles perdre de la profondeur… C’est un problème récurrent (…) : l’encrage a souvent tendance à « aplatir » le dessin. Peut-être que tu gagnerais à utiliser plusieurs feutres d’épaisseurs différentes, en gardant les traits épais pour le premier plan, et les traits plus fins, plus estompés, pour l’arrière-plan… »

Depuis, j’utilise plusieurs épaisseurs de plumes pour ce projet, il me fallait donc aussi le faire pour cette planche. C’est le cas pour tous les avant-plans (végétation en case 1 et 4), le point de la case 2).

page15_encrage4

Nouvelle technique sur Jotunheimen : les avant-plans sont encrés avec une plume plus épaisse, donnant plus de profondeur à l’encrage. Sur cette case, trois niveau de traits : les frères en gros, la mère en moyen et l’armoire avec un trait encore plus fin.

Concernant la case 2, j’en ai profité pour densifier l’encrage du coin haut-gauche (rochers mieux définis, cascade plus marquée…) et j’ai ajouté la texture des pierres du pont. En ajoutant des détails, j’insiste d’autant plus sur le fait que cet élément est proche du lecteur et cela donne de la profondeur. De plus, le pont était en soit un peu vide alors. Enfin, pour des questions de clarté, la rambarde n’est plus toute noire. Seule la partie « derrière » l’est afin de donne un peu de volume au pont en lui-même.

On peut remarquer également le rocher en bas à gauche avec un contour plus épais.

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Des récitatifs à adapter

J’ai profité de l’occasion pour changer également la place et la forme des récitatifs pour mieux les intégrer à l’ensemble. Ainsi Andalsnes devient Le village d’Andalsnes.

La dernière case ne me convenait pas, j’en ai profité pour décaler un peu les deux récitatifs vers les coins de la case.

page15_texte

Cette démarche de reprendre des planches déjà dessinées est de plus en plus intégrée dans mon travail. Ainsi, je prévois déjà de reprendre la case 2 de la page 1 et la case 3 de la page 13 que je trouve beaucoup trop plates. Pour un projet qui devrait me prendre près de 3 ans, je peux bien passer quelques heures à modifier des détails, non ?