Jotunheimen – Post-mortem (4)

Comme il a fait partie intégrante du projet, il était logique que Nico Archimède ait son mot à dire dans ce post-mortem consacré à Jotunheimen. Place au coloriste sans qui le projet aurait eu bien du mal à aller au bout !

Pourquoi t’es tu proposé comme coloriste pour Jotunheimen ?

Enfant, j’aurais voulu devenir vétérinaire mais comme en grandissant j’ai finalement fait autre chose, c’était pour moi l’occasion de revenir à cette ambition d’enfance et de pouvoir m’occuper de petits lapins…

j’avais envie de partir sur un projet long à la couleur et d’être à peu près sûr d’aller au bout.

Mes excuses pour cette entrée en matière péniblement humoristique ! Plus sérieusement donc, je me suis proposé à l’époque parce que d’une part j’étais tout simplement disponible et sans projet à la couleur, et d’autre part parce que j’étais certain que, sauf accident, tu irais au bout de ton album. Je m’explique : en tant qu’amateur, on est nombreux à tomber dans le piège de la multiplication des projets. On débute un truc parce qu’on a une idée, on est super motivé au départ, puis lorsque ça doit s’inscrire dans un temps long, les raisons plus ou moins bonnes de passer à autre chose avant d’avoir fini se multiplient… et on ne finit pas grand chose ! Souvent d’ailleurs parce qu’on a le sentiment d’avoir progressé depuis le départ du projet… On regarde alors les premières planches et on se dit que ça pique les yeux, qu’on devrait les refaire (ce qu’on fait d’ailleurs des fois), ou alors que, ayant justement progressé, on pourrait démarrer un autre projet. Or, suivant tes boulots depuis plusieurs années maintenant (notamment sur BDAmateur, salut les copains oranges), je sais que tu acceptes l’idée qu’un album amateur montre l’évolution de ses auteurs au fil des pages (c’est le cas dans Jotunheimen) et que ça ne t’empêche pas d’aller au bout.

Donc voilà, j’avais envie de partir sur un projet long à la couleur et d’être à peu près sûr d’aller au bout.

Quels autres projets avais-tu déjà réalisés comme coloriste ?

Je mets de côté quelques planches obscures sur des projets solos. Avant de faire Jotunheimen, j’avais fait la couleur sur deux albums de Pain(t) : Billy’s Book 2 qui avait la particularité d’être un album d’une soixantaine de pages prévu pour être en noir et blanc et sur lequel j’ai mis la couleur alors que l’histoire était dessinée et déjà publiée depuis un moment. Billy’s Book 2, c’est un peu mon dépucelage de coloriste !

Et puis l’autre album de Pain(t), c’est Tangerine et Zinzolin, une histoire de 80 pages bien délirante et drôle comme l’ami Pain(t) sait les écrire. Là encore, l’approche était un peu particulière, Pain(t) avait fait la couleur lui-même sur les 40 premières planches (au départ on avait 2 tomes de 40 pages) mais il n’était pas trop satisfait. J’ai donc tout refait depuis la première planche. Autant Billy’s Book 2, et sans le renier et en restant fier de l’avoir fait, je doit admettre qu’on sent bien que c’est le début pour moi en la matière… Autant il y a des planches dans Tangerine et Zinzolin que je trouve encore aujourd’hui plutôt pas trop mal !

 

Quelles ont été les particularités du travail avec Belzaran ? (voilà que je parle à la 3ème personne)

Il n’y a pas grand chose à en dire, sinon que je suis content d’en avoir fini !… Aïe, me revoilà à tenter d’être drôle… C’est les séquelles des interviews réalisées pour L’Étroit Mousquetaire (salut les copains bis) ! La particularité tenait je pense plus à mon arrivée dans le projet de manière tardive. De fait, c’est la première fois que j’avais cette seule place de coloriste. Dans mes collaborations précédentes, j’avais toujours eu la possibilité d’intervenir, même très modestement, sur l’écriture. Là, j’ai dû me faire à l’idée d’être dans un rôle d’exécution.

Le Belzaran, un animal pas facile à apprivoiser

Ceci étant dit, au fil du temps, on a fini par trouver notre langage commun et ce sentiment a laissé la place à plus de liberté. Disons que le Belzaran ne semble pas un animal facile à apprivoiser. La confiance est venue petit à petit. Pour conclure de manière claire cependant, je garderai un bon souvenir de cette collaboration !

 

Quelles difficultés as-tu rencontrées lors du travail sur Jotunheimen ?

La réponse rejoint un peu la précédente. Il a fallu trouver ses repères et un langage commun. J’enfonce là une porte ouverte, mais si j’avais fait la couleur tout seul, sans doute que l’album serait différent aujourd’hui. Je ne dis bien sûr pas qu’il serait mieux ou moins bien, mais différent. La difficulté majeure est restée celle de la motivation qui ne coïncide pas toujours avec la disponibilité de l’un ou de l’autre (je parle de toi et moi, cher dessinateur). Si bien que j’ai pu me retrouver avec des fourmis dans les doigts et pas de planche à coloriser en stock, tout autant que d’avoir une paresse aigüe face à plusieurs planches à mettre en couleur. Mais cela tient plus à notre condition d’amateurs qu’à notre bonne volonté, je crois. En tout cas c’est derrière ça que je me cache pour justifier le temps pris !

 

Quelle est la case que tu as colorisée sur le projet dont tu es le plus fier ?

Cela va peut-être te surprendre mais je suis fier de la toute première case de la première planche ! Pas que ce soit forcément la plus réussie ou la plus jolie mais parce que c’était au début de notre collaboration et que j’étais parti sur quelque chose de différent de ton essai à toi, notamment avec un ciel ocre plutôt que bleu, et une ambiance tirant sur le jaune/brun… et que ça t’avait plu !

De la même manière, il y a des planches qui me plaisent du point de vue de l’ambiance générale, ce sont les planches 14, 19, et 68.

Sinon, pour jouer le jeu, je te livre un podium pour mes cases préférées : la case 1 en page 27, la case 1 en page 43, et la case 7 en page 65.

 

Quel bilan ferais-tu de ton travail sur ce projet ?

Que je suis capable de travailler sur un projet long qui n’est au départ pas le mien. Qu’il me fallait presque deux fois moins de temps pour boucler une planche à la fin de l’album qu’au début. Je ne dis pas que le résultat est meilleur… mais je le produis plus vite ha ha ! Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais c’est en colorisant qu’on devient coloriste ! C’est pour ça aussi que je te dois un grand merci de m’avoir fait confiance et de m’avoir permis de bosser sur un album de près de 70 pages. Sans ça, pas de progrès.

 

As-tu de nouveaux projets à la couleur en cours ?

Oui et ça fait écho à ce que je disais juste avant. Le fait de croiser des amateurs qui m’imposent une certaine rigueur (que j’ai bien du mal à avoir moi-même tout seul !), me permet de progresser, de montrer des choses réalisées en ligne. De la sorte, je suis apparu petit à petit dans mon très modeste réseau comme un coloriste potentiel, et c’est comme ça que je me suis vu refiler un contact ou deux pour des projets.

Si je veux répondre de manière stricte à ta question, j’ai un, voire deux, projets en tant que seul coloriste. L’un concerne un bouquin qui sera dessiné par Maxence Granger et qui devrait être édité au éditions 21g. Je ne sais pas trop ce que j’ai le droit d’en dire ou non au moment où je te parle… Disons que c’est un bouquin qui présentera des textes vulgarisant la pensée de grands philosophes (les textes sont écrits par Ondine Lauriot qui, si je ne dis pas de bêtise, est normalienne en philo), textes à chaque fois accompagnés d’une planche humoristique et d’une illustration.

L’autre projet en est au tout début aussi, c’est une nouvelle collaboration avec Pain(t) au scénario et Mika Ribaltchenko au dessin (il a déjà publié de la bonne bd chez Akileos, il faut lire ça!).

par Pain(t), Mika Ribaltchenko & Nico Archimède

Et puis j’ai des projets où je vais faire la couleur mais pas seulement : l’un avec Monsieur K au dessin et moi au scénario. Et là pour le coup, on va tenter un truc avec une couleur narrative au sens où les changements de couleurs justement sont en quelque sorte intégrés à l’histoire.

par Monsieur K & Nico Archimède

Et encore un autre projet avec Pain(t) qui va dessiner et où l’on écrit à deux. Mais celui-là ne devrait débuter pour la partie graphique que cet été.

 

Es-tu dessinateur toi-même ? Peux-tu nous parler de tes projets ?

Dessinateur, je ne sais pas mais il arrive en effet fréquemment que je fasse des dessins ! Ma devise reste la suivante : « un jour, je dessinerai comme je veux ; en attendant, je dessine comme je peux. »

Sans compter les participations aux fanzines des copains (Le Lobotozine et Saucisse en particulier, salut aussi à vous!) et à une exception près, les projets où je suis dessinateur sont des projets solo. Du coup, ils passent toujours après les autres ou presque. Je m’y colle quand il reste du temps, c’est-à-dire pas souvent. Je suis sur un bouquin en mode livre jeunesse que j’aimerais finir rapidement.

Et puis j’ai des projets qui dorment dans les cartons… Par exemple Lucilius qui est en stand-by, mais que j’aimerais vraiment mener à son terme.

Je finis par l’exception, j’ai commencé à dessiner il y a presque trois ans maintenant une histoire écrite par Gornow autour de ses personnages Kantrong et Maurice. J’ai fait 6 planches d’une histoire qui devrait en faire 12 pour intégrer un recueil d’histoires dessinées par différents auteurs et donc toujours écrites par Gornow. On a laissé la chose végéter, mais ça devrait reprendre bientôt !

Voilà pour ce 4ème post-mortem. Nul doute qu’un dernier viendra s’y ajouter concernant les ventes et la publication papier, mais cela est une autre histoire !

6 réflexions sur « Jotunheimen – Post-mortem (4) »

  1. Super interview une fois de plus. C’est très agréable d’aborder et de découvrir d’autres auteurs et oeuvres par le prisme du coloriste.
    J’ai grand hâte de tenir Jotunheimen en mains pour apprécier les pages dans une vision d’ensemble les unes après les autres.
    Sacré bon travail monsieur l’Archimède, c’est un plaisir de vous découvrir!
    A très vite.

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