Refaire et encore refaire

J’ai passé un cap le jour où j’ai accepté l’idée de refaire des cases ratées (aussi et ). Mais il arrive parfois que sur une planche, les difficultés s’accumulent… Et lorsque ces difficultés sont de natures différentes, il y a de quoi devenir fou et refaire… 4 cases !

Je l’avais déjà évoqué, mais j’ai réalisé la majorité de mes storyboards avant de m’améliorer en perspective. Depuis, j’ai supprimé beaucoup de plans vus de profil ou de face que je trouve trop statiques. Ainsi, quand je dessine ma planche, je dois souvent changer les cadrages. Parfois, je ne le fais pas et je le regrette.

Note : Cet article est aussi l’occasion de montrer beaucoup de crayonnés et de work in progress.

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Ma vie en une case

Parfois, au détour d’une case, on s’arrête. On regarde le dessin et, surtout, le dialogue, et ça nous touche. Étrange émotion lorsqu’on a écrit soi-même cette case…

Pour vous faire patienter (je vous jure que je dessine des planches), voilà une case qui résume un peu ma vie :

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Dessiner un paysage de grands espaces

makingofCe qui m’inquiétait le plus lorsque j’ai commencé Jotunheimen, c’était le dessin de paysages. Si j’avais appris petit à petit à gérer les espaces urbains grâce à la perspective, c’était complètement différent pour des montagnes vide de toute construction humaine. Et la page 24 me réservait une surprise que j’avais coché depuis bien longtemps dans mon scénario : une case grand format représentant une vue complète sur la vallée suivante… Comment relever ce défi ?

Quand je dis que j’avais anticipé dès le début que cette planche risquait de me donner des sueurs froides, j’en ai même la preuve ! Avant d’avoir dessiné une seule planche, j’avais effectué un test d’encrage sur le même paysage, ne sachant pas à ce moment-là comment gérer ce genre de dessin.

encrage
Dessin réalisé à partir de la même photo.

Témoin de mes errances et questionnements en début de projet, j’avais également fait un essai de grande illustration paysagère pour m’entraîner et voir si cela tenait la route. C’était loin d’être satisfaisant…

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Mais en accumulant les planches avec des paysages, je commence à assouplir mon poignet et à donner plus de vie à l’ensemble. Surtout, je prends beaucoup de plaisir à délaisser la règle servant à tracer mes perspectives. Ici, tout est souple, tout est rond et tout le monde aura bien conscience que j’ai toujours eu un trait rondouillard. C’est clairement ce qui me convient le mieux. Restait le souci d’enrichir les détails au sol intelligemment. Heureusement, une case de la planche précédente m’a obligé à travailler le tout :

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Cette case devait être pleine de cailloux (et sans herbe), tout en montrant la grandeur des lieux (via l’arrière-plan). C’était avant tout une question de patience. Il fallait poser des gros rochers bien identifiés et aux formes diverses, puis remplir de petits cailloux.

Pour mon paysage, la construction du crayonné s’est fait de façon assez simple. J’ai posé les grandes masses, puis je suis monté peu à peu en détails : herbes, roches, cailloux, etc. Et à la fin, j’ai affiné les traits pour voir où j’allais réellement encrer. J’ai également défini les masses pour l’encrage des matières.

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Au niveau de l’encrage, j’ai utilisé trois plumes différentes :

  • Une grosse plume pour l’avant-plan
  • Une petite plume usée pour les plans intermédiaires et les textes
  • Une petite plume neuve pour l’arrière-plan.

J’ai commencé par les textes et l’avant plan :

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J’ai ensuite réalisé l’arrière plan. On remarque que j’ai laissé la masse de rocher de droite en crayonné jusque là. Pour moi, cet espace est critique puisqu’il doit bien se détacher de la masse de montagnes juste derrière.

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Pour bien représenter cet enjeu, voilà ce qu’il faut éviter.

Si l'encrage est raté, les rochers semblent faire partie de la chaîne de montagne de l'arrière plan.
Si l’encrage est raté, les rochers semblent faire partie de la chaîne de montagne de l’arrière plan.
Voilà les masses qui doivent apparaître à l'encrage
Voilà les masses qui doivent apparaître à l’encrage

Cette distinction des masses passe par l’encrage. Deux aspects permettent alors à l’œil de bien faire la différence :

  • L’épaisseur du trait
  • Le niveau de détails

Le résultat, comme vous l’avez déjà vu, est donc le suivant :

page24_case1_terminee

On voit que l’avant plan s’est enrichit de textures de matères. Certains détails sont faits avec une plume fine, contrairement aux contours plus larges des rochers par exemple.

Voilà une planche que j’attendais (et qui me stressait) de terminée. Avec également une case montrant un torrent, c’était un vrai défi. Mais d’autres difficultés m’attendent encore dans les planches suivantes, et déjà je me demande bien comment je vais bien pouvoir les dessiner… Mais chaque chose en son temps !

Une mise en perspective

makingofRefaire une case, c’est toujours difficile. Surtout qu’on a l’impression d’ouvrir la boîte de Pandore : rapidement, on s’aperçoit que tout serait à refaire ! Il faut alors savoir être pragmatique et ne refaire que ce qui nous paraît impossible à garder. Tout en sachant que ces choix sont bien entendu discutables…

En cette période de congés scolaires, j’en profite pour retoucher certaines planches. Ici, c’est le deuxième case de l’album qui est remise en cause ! Cette case m’avait posé énormément de problème au dessin, puisque je n’avais pas réalisé ce que j’imaginais au départ en storyboard. Devant la complexité, j’avais simplifié la case. Pire encore, la colorisation avait été une véritable torture. Bref, il fallait reprendre tout ça. Voilà, en gros, ce qui n’allait pas :

Page1Case2

Surtout, l’ensemble est terriblement plat. J’ai donc repris mon idée d’origine, qui est moins centré sur les personnages (ici, sans véritable intérêt), mais sur le lieu. L’inspiration est le Décathlon rive gauche (13ème arrondissement). Impossible d’avoir une image correcte sur Google Maps, j’ai fini par trouver quelque chose dans l’idée :

Page1Case2_decathlon

Impossible de trouver le copyright pour cette photo. Google Maps/Streets semble-t-il.

C’est donc une jolie perspective à deux points de fuite. Pour éviter la redondance avec la première case, le point de cassure sera plus à gauche. En voilà le dessin actuellement :

Page1Case2_crayonné

Le problème posé ici est le vide côté droit. On y trouvera cependant l’entrée du magasin (qui cassera la perspective), le gorille/vigile. Surtout, cela me permet d’ajouter Alexis qui marche dans la rue et apparaît donc logiquement dans l’album à ce moment-là. C’était l’un de manques de la première version. Pour habiller le tout, j’ai aussi ajouter un pigeon qui vole (car le côté haut/droit de la case est très vide) et le même scooter en avant plan. Mais après réflexion, il semble que le scooter, vue la perspective, soit en train de voler…

J’ai aussi pu profiter de la planche pour travailler la perspective en damier, qui permet de faire en sorte que les fenêtres aient l’air plus petites plus elles sont loin. Avant je le faisais au feeling et mon feeling était assez mauvais. La technique utilisée est très simple à mettre en place et va vite (aussi vite qu’en le faisant au juger).

On voit bien les diagonales tracées sur le crayonné. Pour ceux que ça intéresse, j’ai utilisé le tutoriel très simple d’eMangaka. 

Maintenant que tout est posé, reste à fignoler tous les détails : les personnages bien entendu, mais aussi l’intérieur (ou pas ?) des vitrines. Car la perspective donne vite un aspect froid et trop rectiligne qu’il faut savoir casser en ajouter des détails opportuns aux bons endroits.