Autobiographie & psychalanalyse

Lorsque que l’on nomme son blog Tout à l’Ego, c’est que l’autobiographie est au centre de nos préoccupations. Outre un narcissisme exacerbé, je voue une véritable passion pour les autobiographies et plus encore pour les autofictions, que ce soit en bande-dessinée ou en littérature. Mais quel est l’impact réel sur l’auteur lorsqu’il écrit sur lui-même ou pire, sur ses proches ?

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Ouille ! Ca pique les yeux !

Tout à l’Ego fut ma première autobiographie. Basée sur l’anecdote du quotidien (comme la plupart des blogs de l’époque), mais également sur l’analyse de certains aspects de la vie, le but est avant tout humoristique. Déjà je m’amuse de l’impact que peut avoir la publication d’une planche, me permettant d’établir une vérité. Ainsi, l’allusion à mon anatomie démesurée deviendra un running-gag. Il y sera fait mention à plusieurs reprises et ce dans plusieurs projets différents !

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Mais l’humour a ses limites. Lorsque j’ai tenté de faire de Tout à l’Ego quelque chose de plus riche, avec notamment un peu d’émotion, ce fut un flop complet. Perturbés par la tristesse de certains propos, les lecteurs enchaînèrent les remarques grivoises… J’arrêtais alors cette série qui n’était plus du tout adaptée à ce que je voulais faire. D’ailleurs, en montrant ma face plus sombre, je commençais à me soucier de l’impact que cela pouvait avoir sur mes proches qui lisaient mes planches.

Le Modèle Vivant est la première oeuvre que j’ai pu écrire par nécessité. La première raison est purement artistique. Suite à la lecture de plusieurs ouvrages sur la bande-dessinée indépendante et à la découverte de L’Ascension du Haut-Mal de David B., je me remets en question. Est-ce que faire des petites planches blog BD sont vraiment ce que je veux faire en bande-dessinée ? N’ai-je pas plus d’ambition ? Très limité dans mon dessin, j’hésite à me lancer dans un projet lourd et difficile cependant. Mais perturbé dans un trop-plein d’auto-analyse, je ressens également le besoin de coucher le tout sur papier. Ainsi, lors de nuits blanches (classiques lors des moments d’émergence de nouveaux projets), je finis par me lever et écrire ce qui me trotte dans la tête. Trois jours plus tard, la première page est dessinée.

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Le Modèle Vivant est une projection de mon existence à plusieurs mois. Ainsi, le rapport entre mon existence fantasmée et la réalité fut une expérience enthousiasmante. Les problèmes de dédoublement entre le personnage et l’auteur donnèrent lieu à des situations assez cocasses. Mais aborder des sujets sérieux n’est pas évident lorsque l’on parle de soi. Ainsi se savoir lu par sa famille et ses amis pousse à s’auto-censurer. Même si je n’ai pas eu l’impression de limiter mon propos, j’avais bien conscience à la publication de certaines pages que cela pouvait heurter certaines personnes. Je n’ose même pas penser à ce que ça aurait été si j’avais eu des enfants ! A l’époque, vivre seul m’a permis d’éviter d’impliquer qui que ce soit d’autre.

Un impact inévitable sur l’entourage.

Malgré tout, l’impact existe quoiqu’il arrive. Quand le modèle dont est inspirée le personnage d’Émelyne se retrouve avec le livre en main et se voit dessinée, ce n’est pas facile à assumer (ndlr : dans la version papier, un croquis de modèle vivant réellement réalisé à l’atelier est montré). De même, le personnage de Cédric fut revendiqué par trois personnes ! Enfin, la badminton, baptisé dans la BD « paradis des fesses bien fermes » a eu son petit effet sur mes amis du club…

autobio3Le Modèle Vivant a clairement servi de thérapie (le mot est trop fort bien évidemment). C’est avant tout une oeuvre d’analyse qui m’a permis de prendre beaucoup de recul. J’ai surtout pleinement apprécié de jouer avec la réalité. D’où l’écriture de Salle des Profs dans la foulée, qui malgré son aspect autobiographique (puisque tout est vrai) est évidemment romancé. Et signe que tout allait mieux : ce nouveau projet était basé sur l’humour et était… en couleur !

Ce plaisir de l’auto-fiction continuera avec What About Sex ? publié lors des 23 heures de la BD. L’histoire, créée de toute pièce, fait quand bien même intervenir le personnage du lapin, mettant évidemment une ambiguïté sur tout ce qui peut y être raconté.

Salle des Profs est également né d’une nécessité, bien que tout autre que pour Le Modèle Vivant. Cela faisait longtemps que je voulais parler de mon métier, mais je ne trouvais pas de point d’accroche en salle de classe. Je me suis aperçu que j’avais bien du mal à utiliser les anecdotes du quotidien de collège pour écrire (bien que je le fasse sans mal à l’oral). Il y manquait une analyse, un fil rouge pour que cela me motive. Clairement, je ne voulais pas tomber dans un Tout à l’Ego au collège. C’est finalement mon retour en établissement qui m’a donné envie d’écrire sur mes collègues plus que sur mes élèves. Je partais sur un principe de chapitres (hérité de L’Éveil des Sens) qui me permettait de construire une analyse et pas seulement des anecdotes.

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Au départ, je considère Salle des Profs avec un peu de dédain. Après toutes les exigences que j’avais mises dans Le Modèle Vivant, je trouve ce nouveau projet peu ambitieux. Je le démarre d’ailleurs sans trop savoir où je vais. Mais force est de constater qu’il correspond à mon plus grand succès sur la toile. A l’époque, je culmine à 500 visiteurs lors d’une publication, les commentaires sont nombreux, je dessine pour Vie de Merde et je vends plus de livres que précédemment, le prix étant pourtant plutôt élevé. J’aurais même droit à un coup de cœur chez The Book Edition ! De plus, de nombreux lecteurs insisteront beaucoup sur la qualité du projet et sur son potentiel éditorial. Le décalage entre mon ressenti et celui de mes lecteurs n’avait jamais été aussi grand !

Cependant, Salle des Profs est aussi le début des angoisses. Autobiographique, j’ai peur que le tout soit découvert par les profs et/ou les élèves. En cela, assumer au près des proches était finalement beaucoup plus simple… Malgré tout, j’ai fini par être convaincu par le potentiel du projet et travaille sur un version plus aboutie afin de la proposer à l’édition.

Assumer l’enfance, un défi plus facile à relever ?

Dernier cas d’autobiographie, L’Éveil des Sens est selon moi, depuis toujours, mon projet le plus fort. Démarré très tôt, il a pu mûrir et est un savant mélange d’émotion, de tendresse et d’humour. Construit sur une trame chronologique découpée en chapitres, il est facile à assumer dans le sens où tout ce qui arrive se passe pendant mon enfance. Ainsi, il est facile de se cacher derrière un « j’étais un enfant à l’époque ».

Imaginons que ce soit un adulte qui fasse cela... Difficile à assumer, non ? Pourtant Victor Hugo le faisait !
Imaginons que ce soit un adulte qui fasse cela… Difficile à assumer, non ? Pourtant Victor Hugo le faisait !

Déjà, alors que je prépare le tome 2 sur l’adolescence, je vois pointer tous les problèmes liés à l’arrivée de la sexualité (notamment l’onanisme, puisque l’on parle du collège). Cependant, la réussite d’une autobiographie réside parfois dans cette capacité à raconter la réalité (ou du moins celle retenue dans nos souvenirs) et de ne pas trop la travestir. N’est-il pas formidable d’entendre un lecteur me dire qu’une scène n’est pas possible alors que je l’ai vécue ?

Écrire une autobiographie, c’est s’analyser. Écrire une autofiction, c’est jouer avec la réalité. Deux façons de faire, deux plaisirs différents. Mais derrière toutes ces choses à assumer, reste la possibilité de la fiction. Et déjà, les problèmes surgissent aussi… Ainsi, un camarade d’atelier BD m’a dit : « tu peux m’aider à dessiner des coiffures de femmes, toi tu ne dessines que des nanas ! » Comme quoi, il faut accepter d’être jugé pour nos œuvres, qu’elles soient autobiographiques ou non…

0 réflexion sur « Autobiographie & psychalanalyse »

  1. Je trouve le principe de l’autofiction plus intéressant que l’autobiographie. Son potentiel et son attrait sont bien plus importants. De plus,le principe de l’autobiographie a un lien avec l’analyse et la thérapie qui, à mes yeux, est nécessairement personnelle et intime et ne regarde pas autrui. Après, ce n’est que mon point de vue… Sache que quelque soit ton choix éditorial, je serai toujours ton plus fidèle lecteur !

  2. Comme je sors tout juste de la lecture du Modèle Vivant, je dois t’avouer que j’ai adoré la façon dont tu laissais planer le doute sur la véracité du récit.
    En tant que lecteur, c’est tellement croustillant de s’imaginer que tout ce qui nous est dit est vrai. Ou de tout juste oser douter quelque fois.
    En tant qu’auteur, j’imagine que le problème est bien plus lourd. Ne serait-ce que par le regard que peuvent avoir certains élèves/parents au courant.
    En tous cas, c’est un plaisir de te lire, vraiment. Lorsqu’on sent pointer l’authenticité derrière les pages, ça va droit au cœur et l’émotion est transmise avec une puissance terrible.

    J’ai hâte de pouvoir lire l’Éveil des sens! Courage pour les planches!

  3. D’accord avec Eric, le potentiel de l’autofiction est infini, alors que l’autobiographie peut être plus limitée dans la matière à utiliser. Pour ma part, en tant que lecteur lambda mais très régulier (^^), je trouve que ça fait partie du jeu de se laisser mener par le bout du nez, donc la véracité ou non des faits a peu d’incidence. Ce qui est fort dans tes projets (Modèle vivant, Eveil des Sens, notamment), c’est surtout le fait qu’on s’y retrouve tous plus ou moins. On comprend forcément le côté cathartique du Modèle vivant, et certes j’aime le côté « grivois » d’autres planches/bulles d’autres projets, mais je n’ai pas été dérouté par l’aspect parfois plus noir du Modèle vivant. Bien au contraire.
    Et pour finir ma tartine, je suis impatient moi aussi de lire le tome 2 de l’Eveil des Sens. Donc bon courage, et quoi qu’il en soit, je te lirai avec plaisir !

  4. « le modèle vivant » est une vraie réussite, car son écriture très intimiste est un exercice plutôt difficile et tu as mené ce projet avec talent. Que tout soit réel ou œuvre de fiction importe finalement peu, pour le lecteur c’est le réalisme du récit qui importe.
    « Salle des profs » est sans doute plus fédérateur, qu’on ait été prof ou élève, on retrouve des personnages de profs plus « universels », l’humour moins noir et la couleur en font un récit plus facile d’approche. Mais « Le modèle vivant » reste ton travail le plus personnel et donc aussi le plus touchant.
    (N.B.: oui, Victor Hugo adulte faisait ça avec son petit carnet, mais c’était un sacré chaud de la b…)

  5. C’est marrant, j’ai exactement les mêmes problèmes que toi avec ma petite auto-fiction. Les proches ont du mal à faire la différence entre la réalité et le principe de fiction (surtout que bon… pour moi c’est 95% de fiction).

    T’as beau leur dire que ceci ou cela ne t’es pas vraiment arrivé, ils seront toujours dubitatifs et ça en devient gênant. Du coup moi, j’ai du mal à donner l’adresse de mon blog à mes amis et encore moins à ma famille.

    Peu de proches savent que j’ai un blog et encore moins que j’ai réalisé une auto-fiction. Résultat, vu que je me refuse à partager l’adresse de mon blog à mon réseau d’amis (via facebook notamment) j’ai bien du mal à diffuser mes petite BD et à me faire connaître.

    C’est quand même un comble… :mrgreen:

    1. Je comprends, j’ai eu le même problème. Je me suis un peu détendu sur le sujet au fur et à mesure des années qui passaient !

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