Le retour de Satan

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Peux-tu nous présenter Bomberoland qui a fêté il y a peu ses 15 ans ?

 premire-apparition-de-kantrongIl y a 15 ans, j’ai dessiné la première aventure de Kantrong chez les Bomberos dans mon agenda, au collège. Je me suis mis à utiliser régulièrement le personnage, j’en ai ajouté d’autres. Et petit à petit, j’ai construit autour l’univers de Bomberoland. J’ai dessiné une carte du pays, où j’ai placé les différents endroits visités dans les BDs. Le site consacré à la série contenait même plusieurs pages décrivant le pays, sa géographie, sa langue, son régime politique, etc.

« Dépoussiérer non pas par nostalgie, mais parce que l’univers m’inspirait de nouveau. »

En 2004, j’ai mis fin à la série par manque d’inspiration. Mais je suis depuis resté attaché à cet univers. J’ai par la suite réutilisé le personnage de Kantrong pour quelques planches, mais sans jamais reprendre la série avec assiduité. Et en 2013, j’ai eu envie de la dépoussiérer. Pas par nostalgie, mais parce que l’univers m’inspirait à nouveau.

Le retour de Satan est-il le premier livre a être issu de cet univers ?

Oui. J’avais imprimé il y a longtemps un « best-of » maison de quelques pages, à un exemplaire, mais je ne compte pas ça comme un livre.

Peux-tu nous présenter Le retour de Satan ?

Kantrong et son ami Maurice rencontrent par hasard Satan, une ancienne star de la télé, leur idole de jeunesse. Mais ses années de gloire ne sont plus qu’un lointain souvenir : après avoir été viré, il a connu la descente aux enfers, jusqu’à devenir SDF. Kantrong et Maurice décident de l’aider à regagner son statut social. Leur plan les amène à rencontrer un prêtre, un scientifique et les grands patrons du pays, chacun essayant à sa façon de tirer profit des événements.

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La BD fait 102 pages au total et a été publiée sur mon blog entre juillet 2013 et juin 2014. Dès le départ, le but était d’en faire un tirage papier. J’y ai ajouté quelques pages « bonus », avec des illustrations faites des camarades dessinateurs et l’album est sorti en septembre. Il est édité par l’association Spl’Art, qui gère le Loboto’Zine et avait déjà publié mon recueil des aventures de Lonesome Cowboy Bill.

Cette fois, en raison du nombre de pages, il n’était pas possible de faire un tirage façon « fanzine », avec reliure agrafée. Nous sommes donc passé par un imprimeur pro, le résultat ressemble donc plus à un vrai livre que Lonesome Cowboy Bill et les remugles nauséeux de la mélancolie transcendante. C’est au format A5, en noir et blanc avec couverture couleur. On le vend 7€ (ou 9€ avec les frais de port).

Est-ce un problème de ne pas avoir lu les autres créations issues de l’univers de Bomberoland ?

Pas du tout, c’est un reboot. J’ai repris l’univers, les personnages, mais je n’ai fait aucune allusion aux aventures passées. Je pense que les aventures originelles de Kantrong et Maurice n’ont plus tellement d’intérêt, je n’ai donc pas partagé publiquement de lien pour les consulter depuis que j’ai relancé la série. Ça n’apporterait rien à la compréhension du Retour de Satan. Les personnages n’y avaient d’ailleurs pas du tout les mêmes rôles: Satan, le prêtre Buddy et le scientifique Cornett étaient simplement des méchants qui voulaient dominer le monde.photo-de-famille

Certaines choses sont des private jokes, comme l’origine de certains personnages. Buddy, par exemple, était le portrait d’un prof. Mais ça n’apporte pas grand chose de le savoir et ça n’est de toutes façons pas expliqué non plus dans les vieilles BDs.

Personnellement, je ne suis pas adepte des sagas où la lecture d’un album nécessite d’avoir lu les précédents. Donc si un nouvel album des aventures de Kantrong & Maurice voit le jour, sa lecture pourra être indépendante de celui-ci.

Comment as-tu procédé pour réaliser cette histoire longue ?

Je suis parti avec l’idée de faire une histoire extrait-retour-de-satan-2plus longue que ce que j’avais l’habitude de faire. Je crois que depuis le lancement de mon blog Cryptobiose Névrotique en 2010, mon maximum était de 10 pages. J’avais la trame générale en tête, le début, la fin, une bonne partie du cheminement et je visais une quarantaine de pages.

« Je ne m’attendais pas à dépasser les 100 pages ! »

Il me semble que mes histoires courtes sont parfois trop concises: je ne garde que l’essentiel, ce qui peut rendre le déroulement trop expéditif. Partant de cette impression, je me suis autorisé cette fois à développer des éléments un peu secondaires, à mettre en scène des choses n’étant pas directement utiles au déroulement de l’histoire. C’est ce qui m’a amené à dépasser les 100 pages. Ce à quoi je ne m’attendais pas du tout au départ ! La réalisation est donc en grande partie improvisée autour du squelette scénaristique que j’avais en tête, mais certains passages ont été écrits et storyboardés à l’avance.

Là où Lonesome Cowboy Bill était centré sur les dialogues, Le Retour de Satan est plus ambitieux graphiquement…

Je pense que pour une histoire longue, il aurait été difficile de faire l’impasse sur les décors sans rendre l’ensemble monotone. Je voulais de toutes façon donner de l’importance aux ambiances, au côté malsain de la ville notamment. J’ai donc utilisé des décors quand c’était nécessaire.

C’est aussi lié à ce que j’expliquais juste avant : le fait de m’autoriser à développer plus que je n’en ai l’habitude a fait que certaines pages contiennent très peu de texte, voire pas du tout.

Le Retour de Satan nie l’idée d’une morale laïque. N’est-ce pas un peu manichéen ?

illustration-couv-1Je ne crois pas nier l’idée d’une morale laïque, c’est juste que je n’en parle pas. Je mets en scène deux camps plus ou moins opposés, donc c’est un peu binaire, effectivement. Manichéen, je ne crois pas, je n’oppose pas le bien au mal. En tout cas ça n’était pas mon intention. D’un côté, je présente un discours complètement immoral. Et à l’opposé, une morale qui peut sembler sympathique au premier abord, mais dont on réalise finalement qu’elle ne repose que sur une soumission totale à une autorité arbitraire et à des croyances surnaturelles.

Évidemment, entre les deux il y aurait des choix plus raisonnables, ce qui est un sujet intéressant, mais peut-être pas pour une BD humoristique. Ici, j’ai essayé d’exploiter le potentiel comique de la naïveté des personnages, voire de leur stupidité ou de leur méchanceté, plutôt que de leur ouvrir l’esprit. D’ailleurs, l’esprit ne s’ouvre pas tout seul et dans l’environnement que je met en scène, rien ni personne ne tire les personnages vers le haut.

Le Retour de Satan est bien rythmé, mais j’avoue avoir décroché quand il y a la scène avec les chefs d’entreprise. Les pages deviennent bavardes sans forcément apporter grand-chose et on perd le fil de l’histoire principale.

C’est bien dommage. C’est probablement lié en partie aux détours que je me suis autorisé à prendre. J’ai pris le risque de faire quelques longueurs, il n’est pas évident de prendre du recul là dessus quand on est plongé dans la réalisation.

Une autre explication est le souci d’exposer au mieux la « logique » des évènements. Certaines idées étant, je crois, un peu tordues, il fallait qu’on comprenne bien les motivations des différents personnages, afin que le déroulement n’ait pas l’air complètement absurde. Au détriment de la concision, peut-être. Là encore, difficile de prendre du recul.

Le Retour de Satan n’aurait-il pas été plus efficace en diptyque ? Il a un pivot central qui aurait pu servir à relancer l’intérêt du lecteur pour la deuxième partie.

CouvSatanFINALESans plus détails sur ton idée, a priori je ne vois pas quel aurait été l’intérêt d’en faire un diptyque. Une même histoire peut toujours être découpée de plusieurs façons, donc il serait sûrement possible d’en faire un diptyque cohérent, ou même de la découper en plus petits épisodes.

Même si l’on peut distinguer plusieurs étapes dans la progression de l’histoire, il me semble qu’un découpage en deux parties (ou plus) aurait été artificiel. J’ai pensé à y mettre des chapitres, mais je n’en voyais pas l’intérêt.

Pour faire un diptyque, avec deux histoires distinctes ayant chacune ses propres enjeux et dénouements, il m’aurait fallu y songer en amont. Mais comme je ne pensais pas faire autant de pages, je n’avais aucune raison d’y réfléchir sous cet angle.

Quel regard portes-tu désormais sur cet ouvrage maintenant qu’il est terminé ?

 Difficile à dire, je n’ai pas encore assez de recul pour y jeter un oeil vraiment neuf, je vais encore attendre un moment avant de relire la BD entière. Dans l’ensemble, j’en suis plutôt content. Pour l’histoire, je pense avoir efficacement exploité mon idée de base, à mêler un côté « débile » avec un peu de fond. J’ai l’impression que le déroulement tient la route. Je suis également plutôt satisfait des dessins, là aussi je pense avoir réussi à faire passer ce que je voulais. Même si, bien sûr, comme tout dessinateur je reste frustré par mes limites. Enfin, je suis très satisfait de la qualité du livre en lui-même. Jusque là, les retours que j’ai eus de la part des lecteurs sont positifs, avec quelques critiques constructives.

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A combien d’exemplaires a-t-il été tiré ?

Nous en avons fait imprimer 80. Ce n’est pas évident d’estimer les ventes. Lonesome Cowboy Bill était plutôt bien parti, mais il était moins cher, et la série avait plus de lecteurs. Notamment de par son format: il est plus facile de suivre sur un blog des histoires en une planche qu’en cent.

J’ai donc supposé que l’album se vendrait un peu moins bien. Et le tirage était forcément plus cher. Mais le but de l’association est de garder la BD disponible en stock à long terme et pas de tout écouler rapidement. Pour le moment, nous en avons écoulé environ 25 et nous devrions donc bientôt rentabiliser le tirage, c’est le principal. Au delà, tous les bénéfices vont à l’asso, ce qui permettra de financer d’autres albums.

Explique-nous le choix de couverture.

mauriceJ’ai hésité entre plusieurs idées, avant de faire deux essais. Le premier dessin était une tentative de synthétiser différents éléments de l’histoire. Le second était une scène moins représentative de l’ensemble, se focalisant sur un moment précis de l’histoire. C’est celui-ci que j’ai retenu, parce qu’il se prêtait mieux à la mise en page, et qu’il semblait plus accrocheur. L’autre a été inclus à la fin de l’album.

Nicolas Archimède s’est proposé pour faire la colorisation. C’est un exercice avec lequel je ne me sens pas encore très à l’aise, j’ai donc volontiers laissé faire quelqu’un de plus expérimenté et inspiré. Je me suis tout de même entrainé avec une série d’illustrations qui figurent en quatrième de couverture.

Parlons de tes autres projets. A quand la suite du Collège de la Sentine ?

Pour le moment, tous les autres projets sont en pause. Par manque de temps, et un peu de motivation, je n’ai repris aucune de mes série depuis la fin du Retour de Satan. J’ai seulement travaillé sur le prochain Loboto Zine. Je ne compte pas les quelques pages de la série de strips Plouf, dessinateur, dessinées sur un coin de table lors d’un salon.

« J’ai toujours beaucoup d’idées en stock. »

J’ai toujours beaucoup d’idées en stock, aussi bien pour Kantrong & Maurice que pour Elvis et Davis, Lonesome Cowboy Bill ou le Collège de la Sentine. Cette dernière série est celle qui est à l’abandon depuis le plus longtemps: la dernière page publiée date de décembre 2012. JulienD, le dessinateur, est impliqué notamment dans la série Gastroboy, pour laquelle il prépare un album assez long avec K’sndr au scénario. Dernièrement, il n’avait donc pas le temps de s’impliquer dans le Collège de la Sentine.

J’aime beaucoup cette série, j’ai encore des scénarios déjà prêts sous le coude et plein d’idées pour la suite. J’ai envisagé d’en écrire le déroulement complet et de prévoir la fin, afin de lui donner un cadre bien défini plutôt que d’avancer à l’aveugle sur une série au long cours qui pourrait s’éterniser jusqu’à être abandonnée. Malheureusement, je ne sais pas quand il y aura de nouveaux épisodes, ni même s’il y en aura.

Tu as lancé un fanzine, Mondo Bizarro. Peux-tu nous le présenter et nous dire pourquoi tu as tenu à te lancer dans ce projet ?

L’idée est partie du constat que la plupart des fanzines BD sont orientés vers l’humour, et publient des histoires relativement courtes. Je m’étais lancé dans un scénario fantastique, avec Louissolal au dessin, que j’avais envie de publier sur papier. Ça m’a donné envie de lancer un fanzine dédié aux BDs fantastiques, horrifiques et de science-fiction, avec des histoires pouvant se développer au delà de 10 pages. Je n’ai pas trouvé de publication équivalente, alors j’ai lancé l’idée en proposant à d’autres auteurs d’y participer.

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Je crois que l’idée date de début 2012. La réalisation a été longue. Notamment parce qu’une BD d’une quinzaine de pages prend du temps à dessiner, mais aussi par difficulté à trouver un dessinateur pour l’un des scénarios prévus. Le sommaire a du s’adapter aux difficultés pour que le premier numéro puisse voir le jour. Il se trouve que les histoires publiées tournent autour du thème de la damnation, mais ça n’était pas réfléchi.

couvn1Le premier numéro est donc sorti cet été, il contient trois BDs de 14 à 18 pages, une nouvelle de 4 pages et deux BDs courtes de 1 et 3 pages. Il est au format A5, en noir et blanc, disponible chez Spl’Art pour 3€. Des extraits sont en ligne sur une page dédiée, pour ceux qui voudraient découvrir.

Le deuxième numéro est en cours de réalisation et j’ai déjà un thème pour le troisième. Je ne pense que nous en sortirons au mieux un par an.

As-tu un blog à nous faire découvrir ?

 J’aime beaucoup le blog de Duanra, Le monde en 1 ou 2 images…ou plus !, qui fait des animations en gif, avec plein de trouvailles ingénieuses, d’idées drôles, parfois plus poétiques. Il parvient notamment à décliner et extrapoler à l’infini la fable Le Corbeau et le renard. Ça n’est pas de la BD, et ça prend tout son sens au format numérique, puisque ça ne serait pas transposable sur papier.

As-tu un ouvrage BD à nous faire découvrir ?

8ed6278e51871816187ca462b1a4485aJ’ai apprécié l’album K World, de Monsieur K. Une quête existentielle dans un monde étrange, qui mêle beaucoup de choses : humour, satire sociale, science-fiction, violence, absurde… C’est assez foisonnant, après une première lecture je me suis dit qu’il mériterait d’être relu.

Un dernier mot pour la fin ?

Le prochain (et dernier) numéro de Trash’em doit sortir très bientôt. Il contiendra un « dossier » sur les MILFs, pour lequel j’ai réalisé deux BDs, dont une dessinée par Louissolal. Un épisode inédit de 6 pages d’Elvis et Davis, intitulé Le Trou de la gloire sera également au sommaire.

Pour les membres de Facebook qui seraient intéressés par Mondo Bizarro, les activités de l’association Spl’Art ou mes oeuvres, il existe des pages dédiées.

Et si vous êtes dans le Nord-Pas-de-Calais, vous pourrez sûrement nous trouver sur un salon un de ces jours.

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Les blogs/sites des gens/fanzines cités:

Duanra: http://lemonde2images.blogspot.ca/
Monsieur K: http://monsieurksite.wordpress.com/
JulienD: http://bdadultes.canalblog.com/
Nicolas Archimède: http://lesombreblog.blogspot.fr/
Trash’em: http://gunnerortega7.wix.com/trashem-comics
Mondo Bizarro: http://deepshit.free.fr/mondobizarro/

Les pages Facebook:

Mondo Bizarro
Spl’Art
Cryptobiose Névrotique

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