Travailler les fondamentaux du dessin

Actuellement, je suis dans une période de creux. Ce terrible espace-temps entre deux projets BD peut être dévastateur pour l’auteur. Il faut d’abord finaliser l’ancien projet (à savoir l’éditer) et oser commencer la première planche du nouveau… Heureusement pour moi, un projet d’expo m’oblige à repousser La Prépa. C’est donc l’occasion de travailler sur le dessin en attendant.

Lorsqu’on est autodidacte, on a tendance à ne travailler que ce qui nous semble nécessaire. Besoin de décors réalistes ? On travaille la perspective. Besoin de couleurs l’aquarelle ? Va pour l’aquarelle à tout-va ! C’est le risque de négliger un travail plus transversal qui, sur le moment, paraît inutile mais se révélera pertinent plus tard.

Un travail de fond nécessaire.

Cela fait quelques temps déjà que je ne me considère plus comme autodidacte. J’entame ma cinquième année de cours aux ateliers des Beaux-Arts de Paris en dessin/peinture et j’ai pris aussi trois ans de cours de bande dessinée. Bien évidemment, ce n’est pas faire les Beaux-Arts, mais cela permet d’aborder le dessin avec un professeur et avec des angles plus théoriques, moins dans l’instantané. Lorsqu’on me signale que mon dessin a beaucoup progressé, je réponds toujours : « C’est normal, je prends des cours.»

Les cours de dessin m’ont permis d’aborder des techniques que je n’aurais pas imaginées. Ainsi, quand j’ai commencé le fusain sous l’impulsion de mon professeur de l’époque, je n’en avais nulle envie : à quoi cela me servirait en BD ? La BD, c’est le trait. En plus, le fusain a un côté « sale » qui me correspond peu. En effet, je ne suis pas du tout soigneux… Pourtant, mes enseignants ont toujours trouvé que c’étaient mes travaux au fusain les plus réussis. C’est peut-être dans la technique qui m’intéressait le moins que j’aurais le plus de talent ? Quelle ironie !

Dans le même ordre d’idée, le dessin en atelier me fait travailler sur de plus grands formats. Là où je dépasse rarement le format A4 pour des illustrations, je dessine souvent sur des grands formats : raisin (50×65 cm), demi-raisin…

Un fusain format raisin.

Au delà de la technique, on travaille à l’atelier la composition. Un cadre et on réfléchit à comment gérer les valeurs. Le sombre, le clair. La circulation de l’ensemble. Contrairement à ce qu’il y paraît, les illustrations que je montre ici ne sont pas directement issues de la réalité. Il faut adapter les valeurs, les formes, pour que que l’image vive. Ainsi, les coussins en bas à gauche ont été déplacés et le rideau de gauche n’existait pas.

Le modèle vivant est une partie du travail, le reste est la reproduction d’œuvres existantes. Cela permet justement de sentir la composition d’un tableau, plus encore qu’en le regardant uniquement. Ainsi, nous sommes allés au Musée du Louvre et nous avons choisi un tableau pour le reproduire au crayon (donc sans couleur). J’ai choisi « L’Épave » de Géricault. Tout simplement parce que je le trouve très beau ! Voilà ma production (un peu moins d’une heure et demi de travail) :

De retour chez moi, j’ai eu envie de continuer ce travail en produisant une aquarelle.

Tout cela est bien éloigné de mes bande dessinées. Mais tout ce travail de fond bonifiera mes prochaines planches. Il faut parfois prendre le temps de travailler ses fondamentaux avant de partir tête baissée ! Je vois tant d’auteurs bloqués dans leur style depuis des années, avec leurs limites, leurs tics de dessin… Je veux élargir ma palette le plus possible afin de pouvoir dessiner, au mieux, les histoires que j’écris.

Laura, au crayon, pour changer un peu de l’aquarelle.

4 réflexions sur « Travailler les fondamentaux du dessin »

  1. Je trouve que le fusain est l’une des techniques les plus gratifiantes.
    On obtient très vite un joli résultat. (Par là j’entends que cela permet d’éviter le découragement !) Dans mes premiers fusains (ou craies) même si l’ensemble n’était pas terrible, il y avait toujours quelque chose d’intéressant à retirer. Une ombre sur un genou, un travail de l’oeil. Mais surtout ce qui me plaisait à moi, c’était le travail du lâcher prise. On part sur du rythme, sur de l’impulsion. Ca permet d’éviter de trop s’appliquer.
    Ensuite certains auteurs de BD utilisent le fusain et le résultat est souvent très chouette et immersif.
    Mais à chacun sa technique suivant le projet qu’il veut faire.
    En tout cas tes nus sont super voluptueux, surtout les deux premiers.
    A+
    GP.

    1. En effet, le fusain évite le côté appliqué. Mais je trouve qu’en début d’une illustration, un fusain ne ressemble vraiment à rien. Il faut persévérer pour que cela s’affine et que le rendu apparaisse. Pour moi, la difficulté (psychologique) est là.

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