La Prépa – Scénario #1

Écrire un nouveau projet est un moment particulièrement excitant. L’histoire se crée au fur et à mesure, les personnages se construisent… L’idée de départ, souvent ténue, prend corps et se développe. C’est vraiment le moment que je préfère dans la création. Autant prendre le temps d’en parler, non ?

Note : Tous les documents présentés dans l’article ne spoilent rien de l’histoire. Certains éléments du scénario qui sont indiqués ont parfois été modifiés ou supprimés.

La création d’une histoire démarre toujours sur une idée. Ça peut être une univers (« tiens, j’ai envie d’écrire de la SF ! »), une inspiration (« Lapinot, c’est trop bien, je veux faire pareil ! »), une anecdote glanée… Ou sa vie personnelle. Comme pour beaucoup de mes projets, La Prépa a une histoire tumultueuse.

7 ans de réflexions ?

Le projet date de… 2010. À l’époque, Blacksad me hante. Cette série représente pour moi l’apogée du dessin :

  • un dessin expressif et réaliste
  • des couleurs à l’aquarelle
  • des cadrages chiadés
  • de l’anthropomorphisme.

Je décide donc de réfléchir à l’idée d’un polar (tant qu’à copier, autant y aller à fond). Problème : à l’époque, je n’écris que des blagues et fais du blog BD façon anecdotes du quotidien. Je n’ai jamais fait de projet de plus de 4 pages. Mais je n’ai peur de rien et commence à écrire une histoire.

Le sujet sera puisé dans mon histoire personnelle. Tant qu’à partir sur un scénario difficile, autant partir sur un sujet que je connais. Les classes préparatoires aux grandes écoles sont un univers impitoyable, peuplé de grandes familles. Outre la bourgeoisie locale, on y retrouve des enfants d’ambassadeurs, des étrangers envoyés par leur pays pour travailler dans l’armement… Bref, un vivier assez intéressant qui, pour le coup, peut donner une intrigue à la Blacksad, le côté américain en moins évidemment… Je créé mon héros, Kripsky et commence mes recherches graphiques.

Nouveau problème. À l’époque, je suis une grosse quiche du dessin :

Ce que je fais en 2010. Ce que je veux faire. Ok, c’est mort.

Cependant, si l’on s’arrête à la simple considération « je n’ai pas le niveau », on ne fait rien de sa vie. Donc, je me lance réellement dans des recherches, commence des storyboards. J’étais jeune (en fait pas tant que ça), je n’avais peur de rien.

J’ai un peu cherché tout ça dans mes cartons, mais ils sont à la cave et j’ai eu la flemme d’y descendre. Et comme c’était sur du A3, je ne les ai pas scanné. Mais ça existe vraiment et c’était pas trop dégueu pour l’époque, très inspiré par le travail de Guarnido. Kripsky était alors un chimpanzé, car il était malin…

Comme je ne suis pas complètement stupide, je propose le projet à un dessinateur. Après une page storyboardée, on s’engueule et Kripsky vient enrichir le dossier « Projets à faire plus tard » de mon disque dur (il y en a 11 actuellement).

Changer l’angle de l’histoire.

Sept ans plus tard, mes motivations sont différentes. Kripsky devait montrer un inspecteur de police qui découvrait le milieu des classes préparatoires par le prisme de ses interrogatoires. J’ai complètement inversé le point de vue pour que l’histoire – la même finalement – soit vue de l’intérieur. Cela me permet de travailler plutôt sur des personnages d’élèves, faire un récit plus intimiste. Dernier changement et pas des moindres : mes personnages principaux seront féminins. Une grande première pour moi !

Les briques de l’histoire sont ainsi posées. Reste à les assembler. Cela se fait dans sa tête puis finit immanquablement sur du papier. Et c’est parti pour la foire aux idées :

C’est un sacré bordel, non ? Au fur et à mesure des éléments changent, bougent dans la narration, sont supprimés ou ajoutés… C’est le bouillonnement créatif, si excitant. L’histoire prend forme et sa logique se construit. Mais au bout d’un moment, il faut mettre fin au bordel et commencer à construire réellement les scènes :

La succession des scènes avec le nombre de pages correspondant. Le nombre de pages est inscrit une fois que la scène est réellement écrite, la plupart du temps comme un simple dialogue :

Pour Jotunheimen, je m’étais arrêté à cette étape. J’avais alors démarré directement le storyboard. Pour La Prépa, je reprends le tout et détaille plus fortement les cases. Il y a une double raison à cela. La première, c’est d’apporter une réflexion supplémentaire à ma mise en page : d’abord à l’écriture du scénario, puis au storyboard, puis à la réalisation. La deuxième, c’est que je souhaite faire lire mon scénario avant de commencer à le réaliser afin d’avoir des avis extérieurs et le modifier si des passages ne fonctionnent pas.

Cette réécriture permet parfois de corriger les dialogues, que ce soit les textes où la narration (dans quelle case qui dit quoi).

Une fois mon scénario terminé, je pourrais passer au storyboard. J’ai hâte ! Avec 54 pages scénarisées actuellement, j’avance à un bon rythme.

2 réflexions sur « La Prépa – Scénario #1 »

  1. J’ai hâte de voir les premières planches !
    Et je suis toujours époustouflé par ton travail préparatoire (moi qui suis super foutraque, c’est un truc que je bâcle bien trop souvent…)

    1. Ça viendra. Quand j’ai fait Le Modèle Vivant, je l’ai fait beaucoup à la façon de « j’ai tout dans la tête ». Puis au fur et à mesure, ça s’est affiné.

      C’est aussi pour L’Éveil des Sens que j’ai changé mes habitudes. Comme je l’ai proposé à des éditeurs, il me fallait un scénario écrit correctement pour pouvoir le montrer au cas où un éditeur serait intéressé.

  2. Je suis moins bordélique sur la phase 1, mais je n’ai pas assez de matière pour arriver au joli stade où tout est détaillé avec soin. Quel travail !
    le cadre de l’histoire est prometteur

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