La Prépa – Scénario #1

Écrire un nouveau projet est un moment particulièrement excitant. L’histoire se crée au fur et à mesure, les personnages se construisent… L’idée de départ, souvent ténue, prend corps et se développe. C’est vraiment le moment que je préfère dans la création. Autant prendre le temps d’en parler, non ?

Note : Tous les documents présentés dans l’article ne spoilent rien de l’histoire. Certains éléments du scénario qui sont indiqués ont parfois été modifiés ou supprimés.

La création d’une histoire démarre toujours sur une idée. Ça peut être une univers (« tiens, j’ai envie d’écrire de la SF ! »), une inspiration (« Lapinot, c’est trop bien, je veux faire pareil ! »), une anecdote glanée… Ou sa vie personnelle. Comme pour beaucoup de mes projets, La Prépa a une histoire tumultueuse. Continuer la lecture de « La Prépa – Scénario #1 »

Dessiner un homme les fesses à l’air

makingofDésormais, lorsque je vois deux cases qui se suivent avec le même point de vue, mon sang ne fait qu’un tour : il faut sortir les calques et la table lumineuse. Alors quand c’est trois cases qui se profilent à l’horizon… Et pourtant…

Dans la page 25 de Jotunheimen, les trois cases du bas se suivent avec le même décor et le même point de vue. L’occasion de travailler selon les principes de répétition avec des calques pour gagner en temps et en précision. Seulement voilà à quoi ressemblait mon storyboard :

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Si l’attitude est toujours la même, l’évidence du décor reproduit ne saute pas aux yeux. Du coup, comme un imbécile, je me suis lancé dans la première case sans penser à réaliser d’abord mon décor. J’ai donc dessiné le personnage, puis galéré pour faire le décor adapté au personnage (il va sans dire qu’il est souvent plus simple de faire l’inverse). Réalisant mon erreur, j’ai décalqué le décor, puis l’ai reproduit grâce à une table lumineuse.

page25_calque1Alors forcément, une symétrie centrale de masses rectilignes, ce n’est pas très sexy.Tant mieux, puisque le but est de mettre en avant le corps du personnage, qui change d’attitude. Ainsi, le quadrillage des carreaux de la douche permettent de bien l’intégrer. De même, le banc mis au premier plan aide à cette visualisation de l’espace.

J’ai alors dessiné sur calque les deux poses restantes d’Alexis. J’ai un peu galéré, surtout que j’ai commencé à le dessiner trop grand. Il faisait la même taille que dans la première case alors qu’il devait être plus petit vu l’effet de profondeur.

Je vous épargne quand même les photos qui m’ont servi de référence… Difficile de trouver quelque chose de vraiment pertinent, j’ai donc du me débrouiller un peu tout seul sur l’anatomie d’Alexis.

J’ai fini par parvenir à mes fins et j’ai tout reproduit sur table lumineuse.

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On voit bien sur les comparaisons des calques que les premières tentatives (au centre) sont plus grandes que les versions définitives.

Cette technique de calques est vraiment utile dans mon travail, même si cela reste ponctuel. Ce système de répétition de cases est efficace en bande-dessinée et je l’ai déjà utilisé à plusieurs reprises dans les première pages. J’ai même du supprimer du storyboard d’autres séries de ce genre à cause de leur redondance. C’est le cas de la prochaine page dont j’ai du changer le découpage…

Autre chose : Mon tumblr est régulièrement animé avec de nouvelles mises à jour présentant des crayonnés. C’est d’ailleurs le cas aujourd’hui. N’hésitez pas à y faire un tour.

Un test d’encrage

makingofJ’avais expliqué auparavant combien encrer une scène de nuit me stressait. Je ne me suis donc pas lancé dans l’encrage sans bouée de sauvetage. J’ai réalisé d’abord un test sur calque, afin de déterminer si mes idées étaient les bonnes ou pas et quel rendu j’obtenais réellement.

Le risque majeur était de mettre trop de noir, écrasant le trait et les volumes. Cela aurait été dommage, mais comment utiliser au mieux les aplats de noir et les hachures ? Une fois le calque posé sur la feuille, je réalise un encrage des traits au feutre noir. Le but n’est pas d’être précis, mais rapide. Les tests d’encrage ne sont pas nouveau chez moi, je l’avais déjà fait pour la Chasseuse d’Hommes (voir un des numéros de la newsletter) ou même pour Jotunheimen :

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Feutre, plume, pinceau… Tout y passe !

Au niveau des tests, le but n’est donc pas de réaliser la case et de voir si ça fonctionne mais d’essayer plusieurs techniques.

Encrage_02Je me suis d’abord attelé aux rideaux. En effet, la case, avec son point de fuite centrale, est déjà bien aplatie. Seuls la fenêtre et ses rideaux donnent pas mal de volume, aussi bien par la perspective que par le fait qu’ils soient moins « droits ».

J’ai donc rapidement hachuré le tout en essayant de poser les lumières correctement. Aplats de noir pour la barre, hachures pour le rideau, l’équilibre paraît juste.

Reste à savoir comment poser ma lumière intelligemment. Normalement, il n’y a pas de source particulière dans le refuge puisqu’on est la nuit et que les rideaux sont fermés. Si on veut être cohérent, il ne fait pas vraiment noir la nuit en été en Norvège puisqu’on n’est pas très loin du cercle polaire. Mais comme on est ici dans une bande-dessinée, on peut interpréter ! J’ai donc imaginé une source de lumière à droite (c’est-à-dire au niveau de l’entrée), comme les lumières indiquant les issues de secours. Une fois le test terminé, je déciderai de recentrer la lumière, ce qui correspond plus au choix de mise en scène de la planche.

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La lumière vient de la droite. Pas top.

Le plafond reste un souci à gérer. Je le veux noir . Mais comment éviter un gros aplat sans vie ? J’ajoute un arrondi classique pour donner un volume moins marqué est essaye de le mettre en aplat noir (à gauche) et en hachures (à droite). Comme rien ne me va, j’ajoute un liseré blanc (au crayon, non-visible sur le scan). C’est la solution qui sera finalement retenue.

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Test 1 – Test 2 – Version finale

On peut retrouver le même test pour les banquettes du bas, autre souci. Je voulais d’abord tout mettre en noir, mais je perdais toute notion de volume. J’ai donc décidé d’ajouter le même liseré blanc. Celui-ci est donc une interprétation, puisqu’il ne correspond en rien à une notion de lumière.

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Une fois les choix actés, il ne me restait plus qu’à encrer les deux cases correspondantes. Voilà le comparatif entre les deux versions :

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L’encrage final est réalisé à la plume (trois tailles de plume différentes). Les aplats sont réalisés au pinceau (au feutre pinceau pentel pour être précis)

Je termine cet article pour vous rappeler que je serai au We Do BD demain de 15h à 17h au Carreau du Temple à Paris avec le Culture Zine. Venez nombreux nous voir !

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Mais où sont passés les trolls ?

makingofCes derniers mois, j’ai fini par accepter l’idée de revenir sur des planches pour faire progresser mon travail. Redessiner une case ou une planche est devenu une façon d’atteindre mes objectifs et de ne pas considérer une travail fini comme définitif. Retoucher et refaire, mais quoi exactement ?

Lorsque je dessine la planche 15 en novembre 2014, le test est crucial. Je suis alors en finalisation du scénario de Jotunheimen, mais je sais que le dessin de ce projet va ma poser des problèmes puisque la nature y est omniprésente. Les décors sont un personnage en eux-mêmes. Je m’attelle donc à la réalisation d’une planche test constituée uniquement de paysages norvégiens. Le résultat me convenant, je décide de me lancer dans l’aventure un mois plus tard, après avoir réalisé une planche test côté personnages.

Quatorze planches plus tard, j’aurais simplement pu passer à la seizième, considérant la quinzième comme terminée. Mais un souci majeur de lisibilité persiste, il me fallait le corriger. En effet, pour la deuxième case, le récitatif installé en bas ne convient pas et fausse le sens de lecture. Même si en soit, ce n’est pas grave puisque les textes sont une énumération de lieux, cela crée une forme de blocage lors de la lecture.

Voilà d’ailleurs ce que nous disait Dubatov :

« Juste je ferais une petite remarque sur la lisibilité du lettrage (…). Pour la lecture de la planche, le texte devrait peut-être suivre la lecture des images pour plus de fluidité dans la narration… La case 3 fait « remonter » l’œil dans la lecture de la page par exemple. Ce n’est pas trop gênant ici vu le côté descriptif du texte, façon carte postale. »

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Il fallait donc « simplement » remonter le récitatif. Mais vue la place du bus, je devais aussi décaler la case vers le bas. Bref, cela demandait à être redessiné. Heureusement que la table lumineuse permet de reprendre le dessin de base sans problème.

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À l’origine, une correction de la case 2 suffit. Mais tant qu’à faire, je décide de tout refaire. Avec une table lumineuse, le travail n’est pas si long que ça. Ainsi, en une vingtaine de minutes, tout le crayonné est refait. Cela me permit d’ajuster d’autres petits détails, comme l’encrage ou les textes.

Densifier l’encrage

Au fur et à mesure de la production de Jotunheimen, j’ai mis de côté les grands aplats de noir pour privilégier les hachures. Cela donne plus de volume et de matière. Cela est particulièrement flagrant pour mes personnages vu de dos en avant-plan :

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Je ne cache pas que cette idée d’un encrage plus en matière et plus fourni est lié à l’idée de me passer de couleurs pour la suite… Rien n’est décidé, mais je veux produire des planches lisibles même dépourvues de couleur.

Cet encrage plus en matière est visible avant tout pour la dernière case où l’arbre en avant plan est désormais moins plat. En revanche, l’encrage de la végétation est peut-être moins réussi.

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Au delà des hachures, j’ai aussi pris en compte les remarques de lisibilité liées à l’encrage trop plat. Ainsi, Boutanox disait :

« En comparant le crayonné et la version encrée, tu sembles perdre de la profondeur… C’est un problème récurrent (…) : l’encrage a souvent tendance à « aplatir » le dessin. Peut-être que tu gagnerais à utiliser plusieurs feutres d’épaisseurs différentes, en gardant les traits épais pour le premier plan, et les traits plus fins, plus estompés, pour l’arrière-plan… »

Depuis, j’utilise plusieurs épaisseurs de plumes pour ce projet, il me fallait donc aussi le faire pour cette planche. C’est le cas pour tous les avant-plans (végétation en case 1 et 4), le point de la case 2).

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Nouvelle technique sur Jotunheimen : les avant-plans sont encrés avec une plume plus épaisse, donnant plus de profondeur à l’encrage. Sur cette case, trois niveau de traits : les frères en gros, la mère en moyen et l’armoire avec un trait encore plus fin.

Concernant la case 2, j’en ai profité pour densifier l’encrage du coin haut-gauche (rochers mieux définis, cascade plus marquée…) et j’ai ajouté la texture des pierres du pont. En ajoutant des détails, j’insiste d’autant plus sur le fait que cet élément est proche du lecteur et cela donne de la profondeur. De plus, le pont était en soit un peu vide alors. Enfin, pour des questions de clarté, la rambarde n’est plus toute noire. Seule la partie « derrière » l’est afin de donne un peu de volume au pont en lui-même.

On peut remarquer également le rocher en bas à gauche avec un contour plus épais.

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Des récitatifs à adapter

J’ai profité de l’occasion pour changer également la place et la forme des récitatifs pour mieux les intégrer à l’ensemble. Ainsi Andalsnes devient Le village d’Andalsnes.

La dernière case ne me convenait pas, j’en ai profité pour décaler un peu les deux récitatifs vers les coins de la case.

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Cette démarche de reprendre des planches déjà dessinées est de plus en plus intégrée dans mon travail. Ainsi, je prévois déjà de reprendre la case 2 de la page 1 et la case 3 de la page 13 que je trouve beaucoup trop plates. Pour un projet qui devrait me prendre près de 3 ans, je peux bien passer quelques heures à modifier des détails, non ?