Nombres

La session à l’atelier d’écriture portait sur les nombres. Elle se basait sur un ouvrage, Databiographie de Charly Delwart. Dans ce livre autobiographique, l’auteur utilise les nombres et les statistiques comme autant de moyens de raconter sa vie. Les pages sont également agrémentées de diagrammes et graphiques variés.

Nous avions donc à écrire un texte où les statistiques, les nombres, construiraient un personnage. Le tout pour une durée d’écriture de 45 minutes.

Les couples qui se disputent font deux fois plus l’amour. Je suis doux. C’est mon drame. Je sentais poindre à l’horizon la crise de la quarantaine. J’allais pouvoir y fêter les vingt ans de début de ma vie sexuelle. La moyenne du premier rapport étant de dix-sept ans, mes amis aimaient dure que j’avais eu trois ans de retard. Je préfère penser que j’avais été romantique. J’avais attendu l’amour, le vrai, le seul. L’âme sœur qui, comme une évidence, vous inonde de bonheur. Puis, lassé et poussé par des hormones impatientes, j’avais pris la première qui le voulait bien. La machine était lancée.

Lorsque je dresse la liste de mes conquêtes – un post-it suffit – j’y décèle une proportion inhabituelle de savoyardes, sans doute une conséquence de mon amour immodéré pour la tartiflette, mon plat préféré après les tomates farcies. Je peux alors dessiner le portrait-robot d’une copine lambda : elle serait plus jeune que moi, plus petite mais pas forcément plus légère – une conséquence de mon attrait pour les savoyardes sans doute – et gagnerait mieux sa vie. Si on inverse ce paradigme, cela veut dire que je suis pour ces femmes étalons vieux et désargenté. Dès mes vingt ans, j’avais eu conscience de ce handicap. Et un enseignant, ça n’attire que des enseignantes. Des enseignantes trop importantes dans mon panel, malgré mes efforts pour l’éviter. Mais au moins, elles étaient toutes agrégées. C’est le minimum. Bref, je m’étais lancé dans des études d’ingénieur. 660ème au concours après les écrits, 820ème après les oraux. Une dégringolade que je retrouve dans mes techniques de drague. Je sais conquérir les cœurs par des poèmes lyriques, mais pour proposer à une fille d’aller boire un verre, je m’en vide les tripes. Mais aujourd’hui, après avoir passé les trente ans (l’âge moyen du premier enfant), puis les trente-trois ans (l’âge du Christ, mais moi je suis bien vivant), je me demande si ma liste n’a pas atteint son dernier nom. Un cinquième de vie commune, ce n’est pas rien. Ça reste quand même moins que le temps que j’ai passé avec maman…

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