Un nouveau départ ?

Bonjour à tous. La semaine dernière, j’ai lancé les commandes de mon livre Le Sauna. J’imaginais qu’en publiant régulièrement des textes sur ce blog, j’aurais titillé la curiosité de mes lecteurs. Or, je n’ai enregistré aucune vente au-delà de mon cercle de connaissances. En soit, c’est un bel échec.

Je vous cache pas que ça m’a mis un bon petit coup derrière les oreilles. Je comprends bien que mes lecteurs viennent lire ici avant tout de la bande-dessinée, mais pour moi, mes créations font partie d’un tout : dessins, peintures, BD et textes. Elles abordent les mêmes thèmes. C’est pourquoi je publiais tout ici. Comme Le Sauna prend le même chemin que mon précédent bouquins Chemins détournés, je vais laisser de côté mes textes pour ce blog et chercher à me créer un nouvel avatar 100% littéraire : Alexis Garehn (le nom du personnage de Jotunheimen).

Avant de me lancer dans une fastidieuse campagne de promotion de mes écrits sur les réseaux sociaux, j’ai démarré un simple compte Facebook où je publierai extraits de textes, haïkus et ce genre de choses. Ce n’est pas une simple page de fan, vous pouvez m’ajouter comme ami. Je tente une nouvelle façon de faire.

Mais je vous laisserai pas avec ce discours un peu aigri ! Voilà ma dernière aquarelle en date :

Aquarelle & crayon

Collection

Malgré le couvre-feu, mon atelier d’écriture continue. Au programme de la dernière séance, il nous fallait décrire une collection et/ou un collectionneur. Comme à chaque fois, 50 minutes d’écriture pour produire le texte, à peine corrigé dans sa version présentée sur ce blog :


Collection

Il a sur mon bureau un véritable trésor. Il m’a fallu dix ans pour le rassembler. Dans deux pots à confiture trônent fièrement des dizaines de trophées. Des stylos, des feutres, des crayons… Toute une collection d’objets perdus, laissés à l’abandon par des élèves distraits. La plupart ne pourraient même plus tracer un trait. Leur encre est sèche, leur mine bouchée, leur corps brisé. Ils sont devenus muets. Ils sont là, derniers témoins d’un contrôle raté, d’un exercice bâclé ou d’une leçon mal copiée. Ils ont été lancés, démontés et mâchouillés, passé s de mains en mains, volés, récupérés ou échangés. Ce sont des vétérans. Des survivants. Des cohortes de blessés sauvés sur le champ de bataille, mutilés, traumatisés. Certains datent même de l’ancien programme. Ce stylo plume bleu marine, au plastique fentillé, est une pièce de collection. Les stylos plumes, on n’en voit plus. Et ceux qui en ont un ne risqueraient pas de les abandonner. Mais sa mine est pliée. Sans doute est-il tombé ? Une chute fatale. Combien de lignes a-t-il recopiées ? Combien de fautes d’orthographe l’a-t-on obligé à écrire ? Il est vieux. Fatigué. Il goûte à une retraite bien méritée. C’est une espèce en voie de disparition. Les élèves n’écrivent plus qu’au stylo Bic. En rose, en turquoise, en violet ou en vert pomme. C’est comme les Stabilo : ils ont troqué le fluo pour les tons pastel. Les couleurs se font plus douces, comme pour apaiser les élèves face aux douleurs du monde.

Derrière mes pots à crayon, il a une caisse en carton. C’est la réserve. Dedans, on y trouve pêle-mêle des règles, des équerres, des réquerres, des rapporteurs. Ils sont en plastique jaune ou bleu, incolores, plus rarement en métal. La plupart sont cassés. J’en ai des bouts de cinq à quinze centimètres. C’est à pleine si on peut y lire les graduations. Il y a belle lurette que leurs traits ne sont plus droits. Certaines sont gravées aux ciseaux, d’autres tagguées au Tipp-Ex. En farfouillant dedans, je tombe sur un prénom, un nom qui ravivent ma mémoire. Des souvenirs d’élèves, de classes, d’une autre année scolaire. Un autre temps en somme. Il y a cette règle jaune où est délicatement écrit au blanc correction « Zoé + Arthur ». Est-ce en pleine rupture que l’un d’eux abandonna l’objet ? Était-ce Zoé ou Arthur ? On peut voir que l’inscription a été grattée. J’imagine le dépit de l’être rejeté, cette douleur infinie propre aux adolescents de croire que l’avenir n’a plus rien à leur offrir. J’aurais aimé lui dire qu’un jour, il cesserait de souffrir, mais ce serait mentir. Peut-être s’est-il scarifié de douleur au compas ? C’est toujours mieux qu’aux ciseaux… Les ciseaux, j’en ai plein le placard. Ce n’est pas comme les compas. Ma plus belle pièce est enfermée à double tour dans mon tiroir. Presque neuf. Dans sa boîte en plastique. Une merveille de mécanique parfaitement huilée avec ses pieds en metal, sa tête en plastique noire et ses mines de graphite bien taillées. Je peux en tracer des cercles : des grands, des petits, des rosaces… Ils sont toujours parfaits. Celui-là, je ne risque pas de le prêter ! Car mon musée est vivant. Il reste à disposition. Les élèves s’y servent. Ils y piochent allègrement les tête-en-l’airs qui ont oublié leur matériel. Je les vois choisir, hésitant devant ces stylos d’occasion. Ils ont vécu, ils ne marchent plus très bien, mais c’est déjà mieux que rien. Et en fin d’heure, mi-voleur, mi-distrait, les élèves repartent avec. Mes stylos, mes règles, mes crayons retrouvent une deuxième vie. Ils repartent à la guerre.

Immatériel

À l’atelier, le nouveau thème était de décrire un voyage immatériel qui aurait une influence sur la destinée de personnages… Le texte qui nous a été présenté comme exemple racontait le trajet de l’odeur du pain venu d’une boulangerie…

Je vous laisse découvrir le texte que j’ai écrit avec, en prime, un petit dessin qui n’a rien à voir !


Elle ouvrait sa fenêtre à vingt heures. Comme nous tous. Alors, les cris fusaient au milieu des applaudissements. La rue s’animait quelques instants, puis le silence retombait. C’était comme un signal pour elle. Nous retenions notre souffle et la première note vibrait. Une simple note de piano qui trouvait écho dans nos cœurs blessés. Ce soir, elle avait choisi Chopin. Elle ne jouait pas pour nous remonter le moral. Elle jouait la mélancolie. Elle nous rappelait le monde d’avant, sans confinement, sans cet enfermement qui nous rongeait les sens. Sa musique passait par la fenêtre, pénétrait dans nos salons, louvoyait lentement et prenait possession des lieux et de nos âmes. Une fois qu’elle nous avait capturés, elle ouvrait une nouvelle fenêtre vers un monde interdit, un monde du passé qui sombrait dans l’oubli.

Un déluge de notes résonne, pour une tempête sauvage. Au milieu de la nature hostile, sa musique me fouette au visage, comme le vent furieux des glaciers. Je sens les éléments, ils se déchaînent contre moi. Accroché à mon bâton, j’avance pas à pas. Je courbe le dos, baisse la tête vers le sol en signe de soumission. C’est si fort. Si brutal. Je me sens si vivant ! J’existe. Je suis un homme, minuscule au milieu de la Création. La montagne rugit autant qu’elle gémit. Elle chasse l’importun. Et pourtant, je marche. Vers où ? Vers le bout du chemin ? Ou vers la gueule du loup ? Je n’en sais rien.

Deux notes hésitent et se brisent. C’est l’accalmie. Les nuages se séparent et s’ouvrent sur la vallée. C’est la beauté pure du monde. Virginale. Originelle. Et je me mets à pleurer. Des larmes comme un soulagement. Est-ce la fin du voyage ? Mais la musique s’emballe, virevolte et devient grave. Le tonnerre gronde. Ce sont des coups de butoir vers un final grandiose. J’ai peur d’être foudroyé tant la musique résonne. C’est ma prison qui vacille, menace de s’effondrer sur moi. J’ai envie de crier, mais ma gorge est nouée.

Dans un dernier sanglot, la musique se tait dans un silence gêné. La nature ravagée, le calme est retombé. Je reste quelques instants sans bouger. La rue reste muette. Elle est apaisée. Pas un bruit ne vient plus la troubler. Je me suis assis sans même m’en apercevoir. Mon corps est épuisé, il est plein de larmes. Je me relève, je ne peux plus rester assis, enfermé entre mes quatre murs. Je ne peux pas attendre le monde d’après, le monde d’avant ou celui de maintenant. Je veux un nouveau présent. Il faut que je me sorte de là. Que j’agisse. Que je vive !

Je m’habille, chausse mes baskets et ouvre la porte d’entrée d’un grand geste. L’extérieur. C’est devenu l’inconnu. Un monde hostile où l’on avance masqué. Je prends mon courage à deux mains et monte à l’étage. Ce n’est qu’un petit voyage pour une grande aventure.

Vêtement

Septième semaine à l’atelier. Après l’objet et le personnage, nous devions travailler sur le vêtement comme vecteur de souvenirs ou de sensations. Voilà un sujet qui ne m’inspirait guère… Et quand j’ai enfin eu des idées, je n’ai pas eu le temps de les mener (en 45 minutes, je le rappelle). Peut-être pour plus tard ?

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Un meurtre

Nouvelle session à l’atelier d’écriture. Cette fois, la proposition était en deux temps. Nous devions d’avoir écrire des phrases (entre 1 ou 3 phrases) qui décrivaient un meurtre avec des mobiles futiles. Une fois que l’on avait écrit ces phrases (j’en ai écrit 29), on choisir une des phrases et écrire un texte qui se passerait avant (et présagerait du futur).

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Chemins détournés

Je vous annonce la publication prochaine de Chemins détournés, un livre de nouvelles et haïkus, écrits ces deux dernières années.

Chemins détournés explore le thème du voyage et de ses aléas. Sur les routes de Norvège aux Highlands écossais, en passant par la baie d’Ha Long, les personnages voient leur routes diverger et prendre un tour inattendu.

Outre l’illustration de couverture ci-dessus, j’ai aussi réalisé une série d’illustration pour les haïkus :

Ces haïkus sont en lien avec les nouvelles du livre et servent de conclusion.

Si certains d’entre vous sont intéressés par le bouquin, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à mettre un commentaire. Le tout fait 130 pages et sera vendu 5€ en mains propres et un peu plus avec les frais de port.

Mais où sont passés les trolls ?

makingofCes derniers mois, j’ai fini par accepter l’idée de revenir sur des planches pour faire progresser mon travail. Redessiner une case ou une planche est devenu une façon d’atteindre mes objectifs et de ne pas considérer une travail fini comme définitif. Retoucher et refaire, mais quoi exactement ?

Lorsque je dessine la planche 15 en novembre 2014, le test est crucial. Je suis alors en finalisation du scénario de Jotunheimen, mais je sais que le dessin de ce projet va ma poser des problèmes puisque la nature y est omniprésente. Les décors sont un personnage en eux-mêmes. Je m’attelle donc à la réalisation d’une planche test constituée uniquement de paysages norvégiens. Le résultat me convenant, je décide de me lancer dans l’aventure un mois plus tard, après avoir réalisé une planche test côté personnages.

Quatorze planches plus tard, j’aurais simplement pu passer à la seizième, considérant la quinzième comme terminée. Mais un souci majeur de lisibilité persiste, il me fallait le corriger. En effet, pour la deuxième case, le récitatif installé en bas ne convient pas et fausse le sens de lecture. Même si en soit, ce n’est pas grave puisque les textes sont une énumération de lieux, cela crée une forme de blocage lors de la lecture.

Voilà d’ailleurs ce que nous disait Dubatov :

« Juste je ferais une petite remarque sur la lisibilité du lettrage (…). Pour la lecture de la planche, le texte devrait peut-être suivre la lecture des images pour plus de fluidité dans la narration… La case 3 fait « remonter » l’œil dans la lecture de la page par exemple. Ce n’est pas trop gênant ici vu le côté descriptif du texte, façon carte postale. »

page15_lecture

Il fallait donc « simplement » remonter le récitatif. Mais vue la place du bus, je devais aussi décaler la case vers le bas. Bref, cela demandait à être redessiné. Heureusement que la table lumineuse permet de reprendre le dessin de base sans problème.

page15_lecture2

À l’origine, une correction de la case 2 suffit. Mais tant qu’à faire, je décide de tout refaire. Avec une table lumineuse, le travail n’est pas si long que ça. Ainsi, en une vingtaine de minutes, tout le crayonné est refait. Cela me permit d’ajuster d’autres petits détails, comme l’encrage ou les textes.

Densifier l’encrage

Au fur et à mesure de la production de Jotunheimen, j’ai mis de côté les grands aplats de noir pour privilégier les hachures. Cela donne plus de volume et de matière. Cela est particulièrement flagrant pour mes personnages vu de dos en avant-plan :

page15_encrage

Je ne cache pas que cette idée d’un encrage plus en matière et plus fourni est lié à l’idée de me passer de couleurs pour la suite… Rien n’est décidé, mais je veux produire des planches lisibles même dépourvues de couleur.

Cet encrage plus en matière est visible avant tout pour la dernière case où l’arbre en avant plan est désormais moins plat. En revanche, l’encrage de la végétation est peut-être moins réussi.

page15_encrage2

Au delà des hachures, j’ai aussi pris en compte les remarques de lisibilité liées à l’encrage trop plat. Ainsi, Boutanox disait :

« En comparant le crayonné et la version encrée, tu sembles perdre de la profondeur… C’est un problème récurrent (…) : l’encrage a souvent tendance à « aplatir » le dessin. Peut-être que tu gagnerais à utiliser plusieurs feutres d’épaisseurs différentes, en gardant les traits épais pour le premier plan, et les traits plus fins, plus estompés, pour l’arrière-plan… »

Depuis, j’utilise plusieurs épaisseurs de plumes pour ce projet, il me fallait donc aussi le faire pour cette planche. C’est le cas pour tous les avant-plans (végétation en case 1 et 4), le point de la case 2).

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Nouvelle technique sur Jotunheimen : les avant-plans sont encrés avec une plume plus épaisse, donnant plus de profondeur à l’encrage. Sur cette case, trois niveau de traits : les frères en gros, la mère en moyen et l’armoire avec un trait encore plus fin.

Concernant la case 2, j’en ai profité pour densifier l’encrage du coin haut-gauche (rochers mieux définis, cascade plus marquée…) et j’ai ajouté la texture des pierres du pont. En ajoutant des détails, j’insiste d’autant plus sur le fait que cet élément est proche du lecteur et cela donne de la profondeur. De plus, le pont était en soit un peu vide alors. Enfin, pour des questions de clarté, la rambarde n’est plus toute noire. Seule la partie « derrière » l’est afin de donne un peu de volume au pont en lui-même.

On peut remarquer également le rocher en bas à gauche avec un contour plus épais.

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Des récitatifs à adapter

J’ai profité de l’occasion pour changer également la place et la forme des récitatifs pour mieux les intégrer à l’ensemble. Ainsi Andalsnes devient Le village d’Andalsnes.

La dernière case ne me convenait pas, j’en ai profité pour décaler un peu les deux récitatifs vers les coins de la case.

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Cette démarche de reprendre des planches déjà dessinées est de plus en plus intégrée dans mon travail. Ainsi, je prévois déjà de reprendre la case 2 de la page 1 et la case 3 de la page 13 que je trouve beaucoup trop plates. Pour un projet qui devrait me prendre près de 3 ans, je peux bien passer quelques heures à modifier des détails, non ?