Alpha-B

A… Voilà qui me laisse bouche B. Je C que les D sont pipés, que je n’aurais pas dû mettre tous mes E dans le même panier. G déterré la H de guerre. Il va I avoir du sport. Ici, J l’âme de mon ennemi. Je ne me fais guère d’illusion sur ton K. Je volerai de mes propres L. Je veux que l’on m’M. Je n’ai que faire de ta N. Alors, ça y est, je me jette à l’O. Ça ne vaut pas un P de lapin. Je te colle au Q. Ha ! Tu ne manques pas d’R ! S que tu as peur désormais ? Je T U. Je V te battre, enfin. Moi, l’anonyme, né sous X, devient aujourd’hui le mâle alpha.

Record

Je vous présente mon dernier texte d’atelier d’écriture.
Thème : Records & exploits
Durée : 50 minutes


Il régnait cette année en salle des professeurs une morne ambiance. La fenêtre ne fermait plus, la photocopieuse se révélait capricieuse et les ordinateurs mettaient plus de dix minutes à s’allumer. Quand la cafetière avait lâché, j’avais su qu’il me fallait agir. Je ne pouvais laisser mes collègues sombres dans ce marasme. Nous n’avions plus envie de rien. Plus de motivation, plus aucun entrain. Ces professeurs, usés par les réformes successives et vint ans d’échecs pédagogiques étaient prêts à jeter l’éponge, à se vautrer dans le je-m’en-foutisme. Je me suis alors rappelé mes années de stage en usine, là où s’affichait en grand le nombre de jours passés sans accident. Le compteur montait et montait et j’avais vécu le choc de sa remise en zéro. Nous nous étions tous projetés vers l’avenir : combien de temps nous faudrait-il pour retrouver le score précédent ?

Continuer la lecture de « Record »

L’heure des bilans

L’année 2022-2023 est une année particulière pour moi (oui, je suis prof, je pense en années scolaires). Il a vu la publication :

  • d’une bande dessinée, La Prépa
  • d’un roman, Le Cimetière des éléphants
  • d’un recueil de textes, Les Territoires interdits

Le tout en autoédition. C’est également une année où je me suis relancé fortement dans la composition musicale et où j’ai continué la peinture. J’ai accepté depuis longtemps d’être un artiste protéiforme, mais il m’a semblé important de réfléchir à ma communication sur internet. Actuellement, j’ai trois domaines distincts :

J’ai fait le choix de réunir la communication en un point unique qui sera, sans surprise, le blog Belzaran.fr.

La fin de la bande-dessinée

Depuis des mois, l’envie de faire de la bande-dessinée m’a quitté. Les contraintes du genre ne me correspondent plus. Ainsi, je ne peux pas finaliser aussi bien les cases d’une BD comme je le fais pour mes aquarelles au risque d’y passer 20 ans. Pour ceux qui en douteraient, j’ai tenté de me remettre à de nouveaux projets, j’ai commencé la réalisation de planches, j’ai même dessiné des pages d’essai… Je ne suis pas arrivé au bout.

C’est à regret que j’arrête la bande-dessinée après tant d’année à chercher à m’améliorer. Mais sans flamme, sans envie, il m’est impossible de me forcer.

Cette décision (cet état de fait ?) m’oblige à repenser ce blog. D’abord blog d’illustration, il était vite devenu blog BD, puis un support pour webcomics. En cela, il a déjà pas mal évolué. Sans bande-dessinée, qu’y publier ? La logique est de continuer à y montrer mes productions graphiques, mais je pense que vous êtes plusieurs à suivre le blog aussi pour mes histoires.

Ma première planche publiée sur internet

Relier les projets

Ce risque de dispersion (où tout le monde ne serait pas intéressé par ce que j’y publie et déserterait), est en fait déjà en action. La fréquentation du blog est famélique depuis des années et une partie de mon audience me suit différemment, par les réseaux sociaux notamment.

Pour moi, tous mes projets sont en lien, de façon plus ou moins directe. Par exemple, je vais peindre la couverture d’un livre que j’ai écrit ou celle d’un album que j’ai composé. Dans plusieurs de mes textes déjà publiés, il y avait aussi des parties graphiques (des haïkus dans Chemins détournés, des reproductions de tableau dans Le Sauna).

Haïkus illustrés pour Chemins détournés

Ce lien entre différents arts a été particulièrement évident sur mon évolution graphique. J’ai produit de nombreuses illustrations en lien avec mes bande-dessinées (notamment les personnages féminins). Mes progrès au pinceau, à l’aquarelle, puis dans le portrait sont venus d’abord de dessins de personnages de bande-dessinée. Un exemple intéressant est cette illustration que j’avais réalisée avec l’idée de faire une Chloé “humaine”.

Une illustration charnièrequi me mènera à faire du portrait déconnecté de mes projets de BD.

Quand j’ai créé un nouvel avatar pour la littérature, Alexis Garehn, je voulais éviter de mélanger les genres, mais surtout me trouver un nouveau public. Cela a été un échec. Les personnes qui suivent mes textes suivaient aussi mes autres projets. J’ai finalement privé certains lecteurs intéressés par mes textes de ces derniers. En effet, certains ne m’ont pas suivi sur Facebook, ce que je peux comprendre. Désormais, je peux voir que c’était une erreur. Cela explique le retour de mes textes d’atelier sur ce blog depuis quelques semaines.

J’ai décidé de m’accepter comme artiste complet, dans le sens où tous mes projets, aussi divers soient-ils, portent ma marque. Certains préfèreront certaines domaines plus que d’autres, mais pour moi, tout est lié. Il n’est pas rare que j’ai eu une idée et que j’hésite sur comment la traiter : une chanson ? Un texte ? Une BD ? Une peinture ? Un bon exemple est mon projet La Chasseuse d’hommes dont j’ai travaillé la version longue à la fois comme roman et comme bande-dessinée.

Musique

J’ai pleinement conscience que la musique est le domaine qui vous intéressera le moins tant il est éloigné de la bande-dessinée. Cependant, j’y traite des mêmes thèmes dans mes paroles (mais qui écoute vraiment les paroles des chansons ?). Bref, vous aurez droit à quelques mises à jour du blog au niveau musical, mais elles seront rares : le temps de composition et d’enregistrement d’un morceau reste long.

La pochette est évidemment réalisée par mes soins

Là aussi, il m’est impossible de me créer une nouvelle communauté qui pourrait s’intéresser à ma musique d’amateur, noyée dans une masse immense. Cela fait vingt ans que j’en compose et les publications sur les différentes plateformes ont toujours été un fiasco complet. La qualité de mon chant a certainement un part non-négligeable dans cet échec…

Comme un symbole, les statistiques de mon blog ne fonctionnent plus depuis quelques mois. J’ai tenté de les réactiver sans succès. Un mal pour un bien, je n’ai plus envie de les voir, de sentir dépérir mon audience. Au bout de quinze ans de blogging, me voilà débarrassé de ces données.

Le jeu

Le Sauna #3

Aujourd’hui, je vous présente un nouveau texte d’atelier sur le thème du jeu.

J’en profite pour vous rappeler que je viens de publier deux ouvrages que vous pouvez commander auprès de moi si vous souhaitez avoir une dédicace. Afin de pouvoir en offrir certains à Noël, je vais procéder à leur commande dans les jours qui viennent, alors ne tardez pas trop !


Il m’a fallu des maux de dos récurrents et une remarque du médecin pour que je me retrouve à l salle de sport. J’ai une image négative de ces endroits saturés de bodybuilders davantage occupés à s’admirer dans le miroir ou à embrasser leurs biceps plutôt qu’à suer sur les machines. Mais dans la salle du quartier, au fon fond du dix-neuvième, je retrouve surtout des retraités ou des trentenaires venus s’occuper sur la pause du midi. Au moins, je ne me sens pas en insécurité avec mes mollets de coq et mes bras sous-développés.

Je commence ma séance sur un vélo d’appartement histoire de faire du surplace, une sensation que je connais bien. Je pédale face à une grande baie vitrées surplombant la patinoire. Là, les enfants et les adolescents s’agglutinent sur la glace, les uns s’agrippant au rebord, les autres filant à la vitesse du vent. À force de venir chaque semaine, je les reconnais. Ces après-midis passés à la patinoire sont pour eux une occasion de draguer. Si les filles cherchent les figures et les arabesques, les garçons taquinent la vitesse. Ils sprintent, puis, arrivés prêt de leur cible, freinent d’un coup et les aspergent de glace pilée. C’est un style de drague façon Cro Magnon, brut mais efficace à voir les visages ravis des jeunes filles. Je peux lire dans leurs pensées : « Il pense à moi. J’existe. » Sans doute leur enverront-elles des nudes ce soir. Cela me rappelle mes dix-sept ans quand nous nous étions rendus à la patinoire. Je n’avais pas voulu aller sur la glace ; j’ai l’équilibre précaire. Amélie m’avait tourné autour, je l’avais laissée venir à moi. Trop sans doute. C’est Olivier qui avait raflé la mise. Olivier qui l’avait cherchée sur la glace pendant que je lisais un roman sur le bord. C’était l’histoire de ma vie. L’avenir appartient aux audacieux, quel que soit leur QI.

Je me remémore tout cela en regardant les ados batifoler en bas. On dirait des pigeons qui se font la cour. Je les entends presque roucouler. Je me sens jaloux de ces petits merdeux, moi, célibataire à trente ans, le désespoir de Maman. Mais où trouver l’âme sœur dans ce Paris rempli de millions d’âmes anonymes ?

Soudain, une femme entre dans la salle. Une femme… Nous n’en avons pas vue depuis des semaines. J’observe son reflet dans la vitre, une belle blonde élancée qui semble aussi perdue qu’un nouveau-né. Elle disparaît au vestiaire. Malgré moi, je me retourne pour jauger mes adversaires. Ils sont trois, dont un grabataire. Je suis le plus jeune, de loin, mais je connais le goût des femmes pour les hommes mûrs. Le quadra au fond de la salle, qui regardait son téléphone depuis un quart d’heure, se remet subitement à pousser de la fonte.

Quand la jeune femme revient, nous sommes tous attelés à suer. Inconsciemment, je me suis mis à pédaler plus vite. J’atteins les cent-soixante-dix pulsations par minutes ; il y en a bien dix pour elle.

Elle empoigne un vélo à côté de moi, le regarde circonspecte, puis se tourne vers moi et me demande comme il fonctionne. Elle a un adorable accent étranger. Lequel ? Je ne saurais le dire. De toute façon, qu’il soit russe, tchèque, espagnol ou anglais, je le trouverais sexy. Même norvégien s’il le fallait.

— Il faut juste que vous pédaliez. Ça va se lancer.

Elle me remercie pendant que je me maudis. J’aurais dû descendre du vélo, lui montrer les programmes. Balancer le « c’est la première fois que tu viens ici ? », le brise-glace lanceur de conversation ultime. Mais non. Quel con ! Pour m’autoflageller, je monte d’un cran la difficulté du dérailleur. Mes cuisses protestent. J’espère que ma voisine de vélo me parle, mais j’oublie que j’ai sur les oreilles un casque débitant un podcast. Je n’ai rien écouté, rien retenu. France Culture battu en brèche par la belle culturiste. Alors je continue à pédaler, mais surtout dans la semoule.

Une fois épuisé, je descends de vélo pour aller travailler les muscles du dos. Comme toujours, je dois descendre le poids des machines. Les autres poussent quarante kilos, moi dix. Pendant que la fonte fait crier mes muscles, j’observe ceux de la belle bouger en rythme. Elle a mis ses écouteurs, se protégeant des inopportuns. Je n’ai pas l’intention de la gêner. J’ai lu Simone de Beauvoir, moi. Je suis aussi déconstruit que célibataire.

Épuisé par tous ces efforts vains, j’abandonne cette partie que je suis seul à jouer. Je descends au vestiaire. À quel moment ai-je pu espérer lui plaire ? Séduire une femme avec mon physique ? Il y en a bien qui aiment les crevettes, mais dans une salle de fitness, elles préfèrent l’étalon, la viande rouge premier choix. Je me change pour me rendre au sauna. Après avoir tant trimé, je l’ai bien mérité. Dans le couloir, je la croise. Je suis en slip de bain. Immédiatement, je rentre le ventre.

— Il y a un sauna ici ? demande-t-elle.

Les efforts lui ont donné des couleurs. Elle me paraît plus charmante encore.

— Heu, oui… Mais il est mixte, réponds-je.

Le meilleur moyen pour l’éloigner. Elle me regarde de haut en bas, puis ajoute :

— Il faut être en maillot de bain ?

— Heu… Oui…

Elle paraît déçue, voire dépitée. Peut-être est-elle vraiment norvégienne.

Je ne retrouve ainsi dans le sauna, rongé par l’attente. Elle se présente quelques minutes plus tard en maillot de bain deux pièces. Elle s’installe dans un coin, ferme les yeux, s’abandonnant à la chaleur. Je me redresse, tente de rentrer le ventre mais manque de m’étouffer à ne plus respirer. Je n’ose pas la regarder. Non pas que j’ai l’érection facile, mais parce que je ne veux pas la mettre mal à l’aise. J’ai lu trop de trucs féministes. À force, je n’ose plus parler, ni regarder les femmes. Je veux être un mec bien, mais les femmes veulent des bad boys. Comme le connard avec ses patins à glace de tout à l’heure. Il emmerde les filles, le chahute, les bouscule, les insulte… Ça l’amuse et ça les amuse. C’est le jeu de l’amour, il a ses règles tacites, ses vainqueurs, ses losers. J’ai toujours été le mec gentil qui se retrouve dans la friend zone dans passer par la case départ. Moi aussi je veux empocher la mise. Mais comment engager la conversation sans passer pour un gros lourd ? Comment lancer innocemment une discussion. Je me tourne vers elle, elle me regarde, ses yeux brillants au milieu de la peau écarlate. J’ai trop chaud. Je brûle. Il faut que je sorte. Je titube jusqu’à la douche et m’asperge d’eau glacée. Je gémis, tant du corps que de l’esprit. Soudain, une voix me demande :

— Tout va bien ?

Elle est derrière moi, l’air soucieux. Je ne sais que lui dire, alors je m’invente une excuse :

— J’ai eu une dure journée…

Elle fronce les sourcils et ajoute :

— Vous voulez qu’on en parle autour d’un café ?

Je n’aurais pas sué pour rien. J’ai obtenu un rencard en slip de bain.

Costume

Avec la dernière note, la lumière se rallume. Les spots éclairent le public et ses visages tournés vers nous. Ils sont en robe de soirée et en costume cravate. Curieuse assemblée pour un concert de rock. Nous débranchons les instruments, rangeons les amplis, mettons les guitares dans les étuis. Il est l’heure pour nous aussi de profiter du gala. Je récupère ma robe et tente de travers la salle bondée. Les gens m’accostent, m’arrêtent, commentent et congratulent. Ils veulnet bien faire, mais je veux juste qu’ils me foutent la paix. Je veux me changer. Avec mon baggy et mon t-shirt des Ramones, j’ai l’air d’une clodo à côté d’eux. D’habitude, j’en ai rien à battre, mais là… l’écart est trop grand.

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Bibliothèque

Tu l’appelais ta bibliothèque. Un simple cube blanc, cinq planches de contreplaqué laminé, mais tu tenais à ce mot. Tu avais eu tant de mal à arriver à le prononcer correctement. Bi-bli-o-thè-que. Tu y avais rangé tes livres, tous ceux que nous t’avions lus depuis ta naissance. Les carrés en cartons qu’il fallait toucher. Les plus épais en caoutchouc qui faisaient de la musique et des bruits. Ceux qui ont été mâchouillés et cornés, tes préférés. Avec les années, les livres avaient grandi avec toi. Plus de pages, plus de textes, plus de centimètre carré. Ils troquaient les couleurs vives pour des couleurs pastel. Alors, tu avais tes préférences. Tes obsessions. Nous passions six mois à te répéter la même histoire, soir après soir, mot pour mot. Si nous changions une seule phrase, tu nous faisais les gros yeux et il fallait tout recommencer à zéro. Je voyais tes lèvres remuer pendant les histoires ; tu les connaissais par cœur. Tu aurais pu les réciter, mais il fallait que ce soit nous. C’était le rituel. Au fur et à mesure, nous introduisions des bruitages et autres interventions. En un rien de temps, cela devenait des traditions, immuables. Pour chaque histoire, ton père et moi avions chacun notre façon de la raconter, sans avoir droit à un pas de côté.

D’une main, tu suçais ton pouce. De l’autre, tu tenais Pinpin. Ton doudou allait toujours se cacher quand apparaissait le loup. Plus personne ne lui raconte d’histoire aujourd’hui. Peut-être va-t-il farfouiller dans ta bibliothèque parfois ?

Un jour, nous t’avions emmenée à un salon du livre pour que tu rencontres l’autrice de ton livre préféré. Il y avait trop de monde, trop de bruit. Tout était trop grand. Effrayée, tu t’étais agrippée à ma jambe pendant tout le temps de la file d’attente, ton doudou contre ta poitrine comme ultime protection. Quand enfin nous avions été devant la dessinatrice, j’avais su que tu ne comprenais pas qui elle était. Tu étais trop jeune. La femme t’avait dessiné avec Pinpin, une illustration magnifique à l’aquarelle, si simple, mais si vraie, plus parlante qu’une photographie. Je sais que ce dessin est tapi là, derrière la couverture du livre, dans ta bibliothèque. Je ne pourrais jamais m’en séparer, mais pourrais-je seulement un jour trouver la force de lire sa dédicace sans m’effondrer ?

« Pour Noa et Pinpin. »

Mais de vous deux, seul Pinpin est encore là pour la voir.

Alexis a essayé de me parler de l’avenir de tes livres. Il a proposé de les vendre, de les donner, de les mettre dans la bibliothèque du salon, de les descendre à la cave… Et pourquoi pas les brûler tant qu’on y est ? Ce meuble est une partie de toi, de ta personnalité. Si souvent tu enlevais tous les ouvrages, les étalant partout dans ta chambre pour les classer. Tu tenais cela de ton père. Tu changeais constamment l’ordre : par taille, par couleur, par thématique – d’un côté les humains, de l’autres les animaux. Chaque nouveau classement était un instantané de toi. Comment y toucher désormais ? Ce serait détruire un autre pan de toi. Alexis dit que je bâtis un mausolée. Il ne comprend rien. Tant que ta chambre ne bouge pas, que tout reste à sa place, je peux imaginer que, peut-être, tu n’es pas vraiment partie. Que, peut-être, un jour, tu reviendras dans ma vie.


J’ai repris mon atelier d’écriture. Vous aurez de nouveau droit à mes textes sur le blog. J’ai prévu un article pour expliquer le pourquoi du comment. En attendant, je vous en souhaite bonne lecture !

Pour rappel, les textes d’atelier sont écrits en une durée de 45 à 60 minutes et je ne les modifie pas avant de les publier ici. Ils sont ensuite corrigés et modifiés, voire enrichis lors des publications en livre plus tard.

Bilan 2022 – BD & illustration

Si les statistiques ont leur intérêt, rien ne vaut de se focaliser sur la création. Bande-dessinée, illustration, peinture, écriture… Les domaines auxquels je touche sont nombreux et chacun avance à sa vitesse.

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Bilan 2020 – Écriture

Dernier bilan de l’année, celui de l’écriture. Ce fut une année riche, bien que pleine d’accrocs… Mais avec la publication d’un bouquin, difficile de ne pas se réjouir !

Le Sauna

Le Sauna aura été une belle aventure. Écrit sur les années 2019 et 2020, c’est un projet complet réalisé un an. Je développe mes idées pour la novella éponyme à l’été 2019, commence à la rédiger et un an plus tard le bouquin était terminé. Avec la réalisation de la couverture et d’illustrations, c’est aussi un projet qui m’a permis de faire valoir mes qualités de dessinateur.

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Un nouveau départ ?

Bonjour à tous. La semaine dernière, j’ai lancé les commandes de mon livre Le Sauna. J’imaginais qu’en publiant régulièrement des textes sur ce blog, j’aurais titillé la curiosité de mes lecteurs. Or, je n’ai enregistré aucune vente au-delà de mon cercle de connaissances. En soit, c’est un bel échec.

Je vous cache pas que ça m’a mis un bon petit coup derrière les oreilles. Je comprends bien que mes lecteurs viennent lire ici avant tout de la bande-dessinée, mais pour moi, mes créations font partie d’un tout : dessins, peintures, BD et textes. Elles abordent les mêmes thèmes. C’est pourquoi je publiais tout ici. Comme Le Sauna prend le même chemin que mon précédent bouquins Chemins détournés, je vais laisser de côté mes textes pour ce blog et chercher à me créer un nouvel avatar 100% littéraire : Alexis Garehn (le nom du personnage de Jotunheimen).

Avant de me lancer dans une fastidieuse campagne de promotion de mes écrits sur les réseaux sociaux, j’ai démarré un simple compte Facebook où je publierai extraits de textes, haïkus et ce genre de choses. Ce n’est pas une simple page de fan, vous pouvez m’ajouter comme ami. Je tente une nouvelle façon de faire.

Mais je vous laisserai pas avec ce discours un peu aigri ! Voilà ma dernière aquarelle en date :

Aquarelle & crayon

Collection

Malgré le couvre-feu, mon atelier d’écriture continue. Au programme de la dernière séance, il nous fallait décrire une collection et/ou un collectionneur. Comme à chaque fois, 50 minutes d’écriture pour produire le texte, à peine corrigé dans sa version présentée sur ce blog :


Collection

Il a sur mon bureau un véritable trésor. Il m’a fallu dix ans pour le rassembler. Dans deux pots à confiture trônent fièrement des dizaines de trophées. Des stylos, des feutres, des crayons… Toute une collection d’objets perdus, laissés à l’abandon par des élèves distraits. La plupart ne pourraient même plus tracer un trait. Leur encre est sèche, leur mine bouchée, leur corps brisé. Ils sont devenus muets. Ils sont là, derniers témoins d’un contrôle raté, d’un exercice bâclé ou d’une leçon mal copiée. Ils ont été lancés, démontés et mâchouillés, passé s de mains en mains, volés, récupérés ou échangés. Ce sont des vétérans. Des survivants. Des cohortes de blessés sauvés sur le champ de bataille, mutilés, traumatisés. Certains datent même de l’ancien programme. Ce stylo plume bleu marine, au plastique fentillé, est une pièce de collection. Les stylos plumes, on n’en voit plus. Et ceux qui en ont un ne risqueraient pas de les abandonner. Mais sa mine est pliée. Sans doute est-il tombé ? Une chute fatale. Combien de lignes a-t-il recopiées ? Combien de fautes d’orthographe l’a-t-on obligé à écrire ? Il est vieux. Fatigué. Il goûte à une retraite bien méritée. C’est une espèce en voie de disparition. Les élèves n’écrivent plus qu’au stylo Bic. En rose, en turquoise, en violet ou en vert pomme. C’est comme les Stabilo : ils ont troqué le fluo pour les tons pastel. Les couleurs se font plus douces, comme pour apaiser les élèves face aux douleurs du monde.

Derrière mes pots à crayon, il a une caisse en carton. C’est la réserve. Dedans, on y trouve pêle-mêle des règles, des équerres, des réquerres, des rapporteurs. Ils sont en plastique jaune ou bleu, incolores, plus rarement en métal. La plupart sont cassés. J’en ai des bouts de cinq à quinze centimètres. C’est à pleine si on peut y lire les graduations. Il y a belle lurette que leurs traits ne sont plus droits. Certaines sont gravées aux ciseaux, d’autres tagguées au Tipp-Ex. En farfouillant dedans, je tombe sur un prénom, un nom qui ravivent ma mémoire. Des souvenirs d’élèves, de classes, d’une autre année scolaire. Un autre temps en somme. Il y a cette règle jaune où est délicatement écrit au blanc correction « Zoé + Arthur ». Est-ce en pleine rupture que l’un d’eux abandonna l’objet ? Était-ce Zoé ou Arthur ? On peut voir que l’inscription a été grattée. J’imagine le dépit de l’être rejeté, cette douleur infinie propre aux adolescents de croire que l’avenir n’a plus rien à leur offrir. J’aurais aimé lui dire qu’un jour, il cesserait de souffrir, mais ce serait mentir. Peut-être s’est-il scarifié de douleur au compas ? C’est toujours mieux qu’aux ciseaux… Les ciseaux, j’en ai plein le placard. Ce n’est pas comme les compas. Ma plus belle pièce est enfermée à double tour dans mon tiroir. Presque neuf. Dans sa boîte en plastique. Une merveille de mécanique parfaitement huilée avec ses pieds en metal, sa tête en plastique noire et ses mines de graphite bien taillées. Je peux en tracer des cercles : des grands, des petits, des rosaces… Ils sont toujours parfaits. Celui-là, je ne risque pas de le prêter ! Car mon musée est vivant. Il reste à disposition. Les élèves s’y servent. Ils y piochent allègrement les tête-en-l’airs qui ont oublié leur matériel. Je les vois choisir, hésitant devant ces stylos d’occasion. Ils ont vécu, ils ne marchent plus très bien, mais c’est déjà mieux que rien. Et en fin d’heure, mi-voleur, mi-distrait, les élèves repartent avec. Mes stylos, mes règles, mes crayons retrouvent une deuxième vie. Ils repartent à la guerre.

Il y a

Lundi dernier a eu lieu ce qui risque d’être le dernier atelier d’écriture avant longtemps, couvre-feu oblige… Le thème était d’utiliser la répétition de débuts de phrases avec « il y a ». C’était donc très contraignant. Je suis parti sur 3 idées, j’ai galéré un peu. Du coup, mon texte est bien plus court que d’habitude.

Il y a le temps.

Il y a un temps pour tout.

Il y a le temps d’une vie et d’une respiration. On laisse le temps au temps, vient le temps des amours, juste le temps d’un soupir, juste le temps de le dire.

Il y a le temps qu’on donne sans attendre en retour, le temps des libertés, le temps de l’insouciance.

Mais en un rien de temps, il y a le temps qui passe, le temps qui court, le temps qui fuit.

Il y a le temps d’avant, ce temps qu’on a perdu. C’est le temps des regrets.

Il y a le temps de voir, mais c’est déjà trop tard. Il faut tuer le temps. Il est temps d’en finir, de se dire « au revoir ». C’est le temps des adieux.

Il fut un temps, il y avait elle.

Il y avait nous.

Il n’y a plus que moi.

Antipathique

Nouvelle séance à l’atelier. Cette fois-ci, nous devions présenter un personnage à contre-courant, antipathique. Comme j’ai eu en tête immédiatement des collègues et que j’avais déjà, plus ou moins, traité le sujet, il me fallait trouver autre chose… Je vous laisse donc le découvrir ici :

Antipathique

Après des mois de confinement, j’étais presque content de retrouver le collège. Je préférais être en classe avec mes amis plutôt qu’en visioconférence. Bien sûr, pendant les cours en ligne, nous étions sur nos portables à nous envoyer des messages, mais ce n’était pas pareil. J’avais envie de reprendre les cours IRL.

Je revenais au collège de bonne humeur, prêt à en découdre pour ma dernière année, mais voilà qu’on me gâcha ma rentrée. Alors que nous étions dans la cour, entassés comme des bestiaux, attendant d’être appelés, je me retrouvais en 3èmeB. La 3èmeB… La classe de Monsieur Varenne. Non seulement il serait mon professeur de physique-chimie, mais aussi mon professeur principal. D’une pierre, deux coups dans ma gueule ! J’avais vécu le confinement comme un soulagement de ne plus avoir à le côtoyer. Il me terrorisait. Il nous terrorisait. Son regard était si noir, si dur ! Acéré. Accusateur. Dès qu’il nous fixait, nous nous sentions coupables. De quoi ? Nous ne n’en savions rien. Derrière son masque, ses yeux étaient plus perçants encore. Ils envahissaient la pièce comme un serpent qui louvoie. C’était l’œil de Sauron qui nous guettait sans cesse et jetait à nos trousses ses armées d’orques affamés.

Sa bouche était dissimulée derrière son masque, chirurgical. Qu’importe, nous ne l’avions jamais vu sourire. Son visage restait toujours fermé, sa mâchoire serrée. Et quand elle s’ouvrait pour nous appeler, notre sang se glaçait. Nos réponses ne le satisfaisaient jamais. Il répondait d’un simple « non », sonore et assassin. Il était exigeant. Intransigeant. Inflexible. Il répondait inexorablement par la négative.

Quand il mettait sa blouse, on aurait dit un savant fou. Avec son masque et ses gants, on l’imaginait disséquant des animaux morts dans son laboratoire. On disait que les tâches bordeaux sur sa poche avant droite était du sang, mais sans doute était-ce son stylo rouge qui avait coulé. Dans tous les cas, c’était effrayant. Sur les copies, ses remarques étaient sans appel.

« Peut mieux faire. »

« Doit mieux faire. »

« Que dire ? »

Que dire ? Et les encouragements ? Ne devait-il pas être bienveillant ? Il voulait toujours plus, mais nous n’avions que treize ans. L’âge bête, pas l’âge de raison. Ses consignes n’étaient faites que d’interdits, comme les dix commandements.

Tu ne parleras point.

Tu ne te lèveras point.

Tu ne convoiteras pas la copie de ton voisin.

Oh ! Divin il l’était sûrement. Au moins à moitié. Il mesurait dans les deux mètres et nous regardait de haut. Quand je l’avais croisé la première fois, je n’étais qu’en sixième. Je m’étais retourné et il était juste derrière moi. J’avais sursauté et levé la tête pour voir son visage. Il m’avait lancé un regard comme autant de reproche. Pas besoin de dire un mot. Le silence était une de ses armes. Il aimait se taire et attendre. Et alors, comme les animaux se taisent avant la tempête, le silence se faisait dans la classe. Car nous avions tous connu ses hurlements primaires. L’orage furieux qui s’abat quand a chuté le vent.

Il s’appelait Boris Varenne, mais nous l’appelions Varennovitch. Sans doute était-il un ancien membre de la mafia russe, exilé en France pour avoir raté une opération. Le KGB était à ses trousses, c’était certain. On disait qu’il distillait de la vodka dans son laboratoire pour Monsieur Souleray. Je l’imaginais dans un film d’action, à jouer le tueur sans pitié qui tue femmes et enfants avec un air blasé et cruel.

Parfois, on se demandait ce que vivaient ses enfants. Quelle torture pour eux ! Leur faisait-il faire des exercices toute la journée ? Même les weekends ? Même les vacances ?! Mais avait-il seulement des enfants ? Pouvait-il trouver une femme qui satisfasse à ses exigences, qui soit à sa hauteur ?

Ce matin-là, à la rentrée 2020, dans la salle de classe 201, il nous regardait avec nos masques, nos yeux déjà fatigués d’avoir dû se lever au petit matin. Le silence habille la pièce, nous attendions la sentence. Alors il déclare, d’une voix grave qui porte trop loin :

— Je suis bien content de vous retrouver.

Je ne pouvais pas en dire autant.

Projets littéraires

Alors que le confinement a été un frein quasi-complet à mes écrits, mes vacances en randonnée m’ont permis une nouvelle fois de stimuler ma créativité et d’écrire en 2 semaines plus qu’en 4 mois…

J’en ai déjà parlé : j’écris surtout en déplacement : à pied, en métro, dans le train… Ces moments où le cerveau est libéré me stimulent. Ainsi, la randonnée avec ses heures à marcher est un puissant catalyseur. Sans compter qu’en vacances, sans ordinateur ni télévision, j’ai du temps pour écrire.

Petite revue de ce que j’ai bossé pendant ces 15 jours à la montagne, avec des extraits de texte compris.

Continuer la lecture de « Projets littéraires »

Chemins détournés sur Kindle

J’ai profité du confinement pour publier mon recueil de nouvelles Chemins détournés sur la plateforme Kindle d’Amazon. Vous pouvez donc désormais télécharger le livre sous version numérique pour la modique somme de 3€.

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Un rappel de ce qu’est ce livre :

Chemins détournés explore le thème du voyage et de ses aléas. Sur les routes de Norvège aux Highlands écossais, en passant par la baie d’Ha Long, les personnages voient leur routes diverger et prendre un tour inattendu.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture. Si certains souhaitent une version papier, c’est toujours possible, il me reste un peu de stock !