Travailler en parallèle

Depuis la fin de Jotunheimen, je m’efforce d’améliorer mon efficacité au dessin. La bande-dessinée est un art long et exigeant et il faut savoir mener son projet sur de longs mois (ou années). Ainsi, je travaille en parallèle pour avancer plus vite.

La réalisation d’une bande-dessinée comporte les étapes suivantes :

  • Écrire le scénario
  • Faire les études de personnages
  • Réaliser le storyboard
  • Réaliser le crayonné des pages
  • Encrer les pages
  • Coloriser les pages

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Améliorer son storyboard

Le storyboard est une étape essentielle dont j’ai déjà parlé plusieurs fois (ici, un peu ici, ici et ici par exemple). Petit retour par l’exemple sur une page future de La Prépa.

L’idée du storyboard est assez simple : plus on revient sur une page, plus elle va s’améliore en termes de mise en page et de narration. J’ai plusieurs objectifs en tête à chaque fois :

  • Une narration la plus fluide possible dans la page et entre les pages
  • Une variété graphique et éviter la répétition des mêmes plans et expressions des personnages.

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Refaire et encore refaire

J’ai passé un cap le jour où j’ai accepté l’idée de refaire des cases ratées (aussi et ). Mais il arrive parfois que sur une planche, les difficultés s’accumulent… Et lorsque ces difficultés sont de natures différentes, il y a de quoi devenir fou et refaire… 4 cases !

Je l’avais déjà évoqué, mais j’ai réalisé la majorité de mes storyboards avant de m’améliorer en perspective. Depuis, j’ai supprimé beaucoup de plans vus de profil ou de face que je trouve trop statiques. Ainsi, quand je dessine ma planche, je dois souvent changer les cadrages. Parfois, je ne le fais pas et je le regrette.

Note : Cet article est aussi l’occasion de montrer beaucoup de crayonnés et de work in progress.

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Chercher la case

makingofSur Jotunheimen, j’essaie de ne pas me précipiter et de peaufiner au mieux les planches. Ainsi, la prochaine planche a été stoppée car les dialogues ne fonctionnaient pas correctement. Je continue donc à storyboarder l’histoire.

J’ai commencé à storyboarder l’histoire sur un format A5 avant de m’apercevoir que ce format était trop petit. En effet, je dessine sur un papier d’une surface quatre fois supérieur ! Voilà ce que donnait le storyboard original très succins. Attention, il y a du spoiler, même si ce n’est que la page 2 du livre.

storyboard8

Cela donne des informations sur l’articulation des dialogues, mais il manque plein de choses. Ainsi, les bulles sont placées sans le texte, ce qui empêche d’anticiper leur taille. Or, le placement des phylactères est essentiel dans une bande-dessinée pour assurer la fluidité de la narration. De même, les décors sont complètement absents, tout comme les poses des personnages. On remarque qu’on retrouve ici le personnage de la vendeuse sous la forme de chatte et que le dessin des personnages est encore « à l’ancienne », avec des museaux comme sur mes précédents projets.

J’ai donc repris cette basse sur un format A4, afin d’essayer de mieux poser les expressions et les poses. J’ai décidé aussi d’écrire complètement les dialogues afin de mieux visualiser les espaces. Afin d’éviter de trop spoiler, c’est mal écrit !

storyboard9

Comme d’habitude, j’ai modifié des choses en reprenant le storyboard. J’ai inversé la vue de la première case. Il me paraissait plus pertinent de voir le personnage de la vendeuse de face (on la voit pour la première fois). La case 5 est également modifiée afin d’arrêter le face à face permanent entre les personnages. En effet, même les cases 3 et 4 fonctionnent comme une case unique où les personnages se font face. Comme la vendeuse parle seule dans cette case, c’était l’occasion de la présenter seule, avec une vue de côté. La partie à droite présentera le rayon avec les fameux duvets.

Malgré tout, la case 1 continue à ne pas me satisfaire. Voilà comme était écrite la case dans le scénario :

Alexis regarde la vendeuse, plutôt mignonne et sportive. Vue de manière à profiter de son popotin. Le héros semble ému et timide.

J’ai depuis cessé d’écrire le scénario ainsi, préférant réserver ce genre de considérations pour le dessin du storyboard. J’envisage ainsi que la case un ne montre pas Alexis ou du moins en avant-plan et en aplats de noir afin de bien mettre l’accent sur la vendeuse. Comme souvent après le storyboard, je fais des recherches de croquis pour mieux définir les poses et/ou les décors et perspectives.

Voilà la recherche pour la pose de découverte de la vendeuse.

vendeuse_04

Tout ce travail en amont peut paraître laborieux, mais c’est ce qui permet de n’avoir plus que du plaisir lors du dessin de la planche : tout est préparé, il n’y a plus qu’à réaliser. J’ai négligé cet aspect lors de ma dernière planche et je perds actuellement du temps dessus à cause de ça. J’ai bâclé mon storyboard, changé d’avis en route et les poses de mes personnages ne fonctionnaient pas… Bref, rien ne sert de courir, il faut partir à point. Mais allez dire ça à un lapin !

L’écriture du scénario

makingofIl est toujours difficile d’enchaîner des projets. Arrivant à la fin de L’Éveil des Sens, je réaliserai bientôt sa mise en page pour sa publication papier. Entre temps, il me faut préparer Jotunheimen, qui prendra la suite. Mais si L’Éveil des Sens est un projet qui mit trois ans à se réaliser, comment écrire le scénario d’un livre en quelques mois sans laisser trop de place à l’improvisation ?

Tout commence par une série de notes écrites sur un cahier. Ce sont des bribes de dialogues et de scènes avant tout. Pour Jotunheimen, j’ai un univers et des idées, mais pas vraiment de fil rouge au départ. C’est en le trouvant que j’ai pu ensuite développer réellement l’histoire. Voilà à quoi ressemble le début de mon scénario. Il n’y a pas vraiment de spoiler puisque beaucoup de choses ont changé où ont été supprimées :

base

Les parties barrées ne sont pas les idées non-retenues. Ce sont plutôt celles qui ont été réécrites au propre depuis. C’est rigolo de mettre des idées sur papier, mais il faut ensuite les réorganiser. Pour cela, je classe le tout par séquences. Si certaines scènes peuvent parfois naviguer d’une séquence à l’autre, cela permet de mieux saisir la chronologie de l’ensemble. Là encore, le tout est un peu bordélique, souvent fait de répliques (narration ou dialogue) et certaines choses seront simplement supprimées. La séquence présentée est en tout début de bouquin. Ici, le frère a été ajouté a posteriori.

Supprimer des parties est essentiel, même s’il est toujours difficile d’abandonner une idée.

sequence

S’ensuit une construction du dialogue en tant que tel, avec les enchaînements. Le tout doit paraître fluide. Du coup, certaines répliques sautent, n’arrivant pas à s’intégrer suffisamment (ou logiquement) à l’ensemble. Je commence alors à découper le tout en case et parfois en pages. Mais cela reste provisoire, puisque c’est le storyboard qui me montrera si le découpage fonctionne. On reste donc sur la même scène héros+parents+frère.

dialogues

Aucune scène ne doit être inutile.

Cette construction me permet aussi de travailler scène par scène. Ainsi, je peux travailler une scène en plein milieu d’album sans avoir écrit ce qu’il y a avant. Cette technique permet de garder une spontanéité et de pouvoir travailler chaque idée qui vient immédiatement. On peut également facilement insérer une séquence ou, à l’inverse, en supprimer une. Ainsi, travailler sur une séquence, je me suis posé la question de son intérêt. Mon travail a donc été de trouver un lien avec la suite qui lui donne le sens. Si je n’avais pas trouvé ce lien, je l’aurais supprimé.

J’enchaîne alors sur un storyboard sommaire, permettant de voir si l’articulation des dialogues et des cases fonctionne effectivement. Souvent, des changements s’opèrent alors. Dans l’exemple ci-dessous, je montre deux versions d’une même page.

storyboard

La première version, à gauche, insiste sur le personnage qui regarde les paysages. Dans la seconde version, l’ensemble est ciblé sur le paysage et le mode de transport (train-bus, bateau, à pied). J’ai prévu de storyboarder l’ensemble de l’album avant de démarrer. Autant dire que je n’enchaînerai pas tout de suite après la fin de L’Éveil des Sens

Parallèlement à tout cela, des fiches personnages sont évidemment créées. Elles regroupent essentiellement les traits de caractère et certaines bribes de dialogues qui les mettent en lumière. Si Jotunheimen est une nouvelle fois un album auto-centré sur son personnage principal, j’essaie de renforcer les personnages secondaires pour les rendre plus crédibles et forts. C’était clairement le point faible du Modèle Vivant. Mais comme ce livre est un road trip, difficile de développer longuement d’autres personnages. Il faut alors être concis et précis à la fois.

Le storyboard de la première page
Le storyboard de la première page

Dans l’immédiat, une étape importante sera la réalisation de la première planche. Ce sera certainement un essai avant tout, histoire de voir si je suis prêt graphiquement à relever le défi. J’ai déjà fait des tests d’encrage sur une case afin de voir vers quelle voie me tourner. Cela reste encore bien vague ! Quoiqu’il en soit, je suis impatient de démarrer ce nouveau projet, certainement début 2015.

Tests d'encrage sur un même dessin : on y trouve de la plume, du pinceau et du feutre !
Tests d’encrage sur un même dessin : on y trouve de la plume, du pinceau et du feutre !